Oxfam : la chute d'un titan de l'humanitaire

Oxfam International est une confédération d'organisations caritatives. Depuis quelques années, de sombres secrets sont révélés. Que sait-on des scandales de l'ONG ?
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Oxfam, jadis symbole d'espoir et de solidarité internationale, est aujourd'hui une organisation en proie à des scandales qui ont ébranlé sa réputation et la confiance du public. Des accusations d'abus sexuels en Haïti à des soupçons de détournement de fonds à Gaza, en passant par une culture de travail délétère en République Démocratique du Congo, l'ONG britannique, fondée en 1942, traverse la plus grave crise de son histoire. Enquête sur la descente aux enfers d'un géant de l'aide internationale.

Le péché originel : Haïti, 2010

Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti en 2010 a été le théâtre du premier grand scandale qui a publiquement terni le nom d'Oxfam. Alors que le monde se mobilisait pour venir en aide aux victimes, des employés de l'ONG, dont son directeur pour le pays de l'époque, Roland van Hauwermeiren, organisaient des orgies avec des prostituées, parfois mineures, dans des villas louées par l'organisation [2, 3]. Une enquête interne menée en 2011 a mis en lumière ces abus, mais ses conclusions sont restées confidentielles jusqu'à ce que le quotidien The Times ne les révèle en 2018 [2].

Le rapport interne, que l'ONG a été contrainte de rendre public, décrivait une « culture de l'impunité » parmi certains membres du personnel. Des menaces physiques ont été proférées à l'encontre de témoins pour s'assurer de leur silence. Sept employés ont quitté l'organisation à la suite de cette affaire : quatre ont été licenciés pour « faute grave » et trois ont démissionné, y compris M. van Hauwermeiren, à qui un « départ honorable » a été proposé [8].

Le rapport interne, que l'ONG a été contrainte de rendre public, décrivait une « culture de l'impunité 

Les conséquences furent dévastatrices. Le gouvernement haïtien a suspendu puis retiré à Oxfam son autorisation d'opérer dans le pays. Des milliers de donateurs ont cessé leur soutien financier, et des personnalités telles que l'archevêque Desmond Tutu et l'actrice Minnie Driver ont renoncé à leur rôle d'ambassadeurs. Un rapport de la Charity Commission for England and Wales, l'organisme de réglementation des associations caritatives britanniques, a conclu en 2019 qu'Oxfam entretenait une « culture de tolérance à l'égard des comportements répréhensibles » et avait manqué à son devoir de protection envers les personnes qu'elle était censée aider.

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La gangrène se propage : de la RDC à Gaza

Loin d'être un incident isolé, le scandale haïtien n'était que le premier d'une longue série. En 2021, une lettre signée par 22 employés et anciens employés d'Oxfam en République Démocratique du Congo (RDC) a dénoncé une « culture de travail délétère », caractérisée par des abus de pouvoir, du harcèlement sexuel, de l'intimidation et de la fraude. Les accusations, qui remontent à 2015, font état de menaces d'empoisonnement contre les lanceurs d'alerte. Deux hauts responsables ont été suspendus dans le cadre d'une enquête externe.

Plus récemment, en décembre 2025, des documents internes du Hamas, déclassifiés par les forces de défense israéliennes et analysés par l'institut NGO Monitor, ont mis en cause Oxfam dans un projet d'irrigation à Gaza financé par l'Union Européenne. Selon ces documents, le projet aurait servi les objectifs militaires du Hamas, les arbres fruitiers plantés servant de couverture à des « activités de résistance ». L'affaire a conduit à la saisine de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) et du Parquet national antiterroriste (PNAT) en France. Oxfam, pour sa part, a nié tout lien avec le Hamas.

Oxfam : Une crise systémique

La liste des controverses ne s'arrête pas là. Des accusations de viols ont été portées contre des employés au Soudan du Sud, et d'autres abus sexuels ont été signalés au Liberia, aux Philippines, au Bangladesh et au Népal. En 2014, l'ancien chef de l'unité anti-fraude d'Oxfam, Edward McKenzie-Green, a été incarcéré pour avoir escroqué l'organisation de près de 65 000 livres sterling.

Des rapports ont également fait état d'une culture de racisme, de sexisme et de comportements néocoloniaux au sein de l'organisation [14, 15]. Ces problèmes structurels ont été aggravés par une crise financière. La pandémie de COVID-19 a contraint l'ONG à fermer ses 1 200 boutiques de seconde main, entraînant une perte de revenus de 5 millions de livres par mois. En conséquence, Oxfam a dû se retirer de 18 pays et licencier 1 450 personnes [9].

L'ONG a également été critiquée pour son positionnement politique, notamment son hostilité envers Israël et son soutien au mouvement de boycott, ce qui a provoqué une baisse des dons en Amérique du Nord. La vente en ligne d'exemplaires du « Protocole des Sages de Sion », un célèbre faux antisémite, n'a fait qu'ajouter à la polémique. Enfin, la crédibilité de ses rapports, souvent aux titres chocs, a été remise en cause pour leur manque de rigueur scientifique.

Les promesses de réforme face à une réalité complexe

Face à cette cascade de révélations, Oxfam a tenté de réagir en annonçant une série de réformes. L'organisation a mis en place une commission indépendante, appliqué la plupart des 100 recommandations de la Charity Commission, et proclamé une politique de tolérance zéro envers la fraude et la corruption.

Cependant, la réalité sur le terrain semble plus complexe. Les nouvelles accusations en RDC en 2021 et les soupçons de détournement de fonds à Gaza en 2025 montrent que les défis persistent. Regagner la confiance du public et des donateurs sera un processus long et ardu, qui exigera une transparence sans faille, une responsabilisation totale et une refonte en profondeur de sa culture organisationnelle.

L'histoire d'Oxfam est un rappel brutal que même les organisations les plus respectées peuvent être rattrapées par leurs défaillances éthiques et structurelles. Dans un monde où l'aide humanitaire est plus que jamais nécessaire, il est impératif que les acteurs de ce secteur soient irréprochables. Le prix à payer pour le manquement à ces principes est la perte de la confiance, un bien précieux et difficilement recouvrable.