Nantes : la pression fiscale au zénith, les contribuables à bout de souffle

Nantes, métropole attractive et dynamique, connaît une croissance qui fait des envieux. Mais derrière la carte postale d’une ville où il fait bon vivre se cache une réalité financière bien plus abrupte pour ses habitants. Depuis l’arrivée de Johanna Rolland à la mairie en 2014, les impôts locaux ont flambé, atteignant des sommets qui interrogent et divisent. Entre investissements massifs et endettement record, enquête sur une décennie de gestion fiscale qui pèse lourdement sur le portefeuille des Nantais.
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Une décennie de hausses vertigineuses

Les chiffres, bruts et implacables, racontent une histoire de pression fiscale sans précédent. 

En 2014, les contribuables nantais versaient 191 millions d’euros d’impôts locaux à la ville. En 2023, cette somme a bondi à 282 millions d’euros, soit une augmentation de près de + 50% en moins de dix ans. Une hausse spectaculaire qui, rapportée à la croissance démographique, pèse sur un nombre d’habitants n’ayant augmenté que de + 8% sur la même période. Le fardeau fiscal s’est donc considérablement alourdi pour chaque foyer.

Le principal levier de cette augmentation est sans conteste la taxe foncière, qui a connu une envolée de +70% depuis 2014. Cette explosion s’explique par une combinaison de facteurs : une hausse significative du taux métropolitain en 2016, une augmentation de + 9% du taux de la ville en 2022, et la revalorisation annuelle des bases locatives par l’État, qui a ajouté une hausse mécanique de + 7,1% en 2023.

La stratégie fiscale de l’ère Johanna Rolland

Face à ces augmentations, la majorité municipale assume une politique d’investissements ambitieuse. 

La maire justifie ces choix par la nécessité de financer des projets d’envergure pour accompagner le dynamisme de la métropole. Deux plans d’investissement de deux milliards d’euros chacun ont été lancés durant ses mandats successifs, fléchés notamment vers les écoles publiques (160 millions d’euros) et les infrastructures.

L’argument principal de la maire est la perte d’autonomie fiscale des collectivités, aggravée par la suppression de la taxe d’habitation par l’État.

« Quand l’État supprime la taxe d’habitation, c’est très bien pour les ménages. Mais dans une ville comme la mienne, avec une très forte dynamique, on doit investir ! » 

Déclarait Johanna Rolland en 2021.

Évolution du taux de taxe foncière à Nantes

Taux

2015

0,659%

2016

6,410%

Pour compenser, la métropole a donc fortement augmenté son propre taux de taxe foncière en 2016, le faisant passer de 0,659% à 6,410% (soit une hausse de + 872%) ce qui a fait bondir le produit de 4,5 à 50 millions d’euros en un an.

En parallèle, la municipalité met en avant la baisse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) en 2016, qui serait venue « en partie compenser » la hausse du foncier. Une compensation toutefois relative, le gain net pour la collectivité s’élevant à plus de 12 millions d’euros.

La création de nouvelles taxes

Au-delà de l’augmentation des taux existants, de nouvelles taxes ont vu le jour. C’est le cas de la taxe Gemapi (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations), instaurée en 2023. Cet impôt, d’un montant moyen de 5€ par foyer, doit rapporter 3,5 millions d’euros par an à la métropole pour financer l’entretien des cours d’eau et la prévention des inondations, ce qui n'empêche pas le périphérique Nantais d'être inondé à chaque épisode pluvieux significatif.

Cette nouvelle ligne sur la feuille d’impôts a fait bondir l’opposition :

« Vous avez fait campagne en 2020 de ne pas augmenter ou ne pas créer d’impôt nouveau. Aujourd’hui, cette promesse n’est pas tenue. »

a lancé l’élu de droite Julien Bainvel à la maire.

L’endettement de Nantes, l’autre sujet qui fâche

Si les impôts ont grimpé, la dette de la ville de Nantes a suivi une trajectoire tout aussi spectaculaire. Après une longue période de désendettement quasi continu entre 2000 et 2019, la courbe s’est brutalement inversée. L’encours de la dette, qui avait atteint un point bas autour de 180 millions d’euros, a presque doublé pour atteindre 322 millions d’euros en 2024.

Cette remontée en flèche de l’endettement coïncide avec les plans d’investissement massifs de la municipalité. Cependant, le rapport de la Chambre régionale des comptes de 2021 mettait déjà en garde contre « l’augmentation forte et récurrente des charges de fonctionnement » qui fragilise les marges de manœuvre de la collectivité.

Les hausses d'impôts déguisées : le stationnement, nouvelle vache à lait ?

Au-delà des impôts directs, les Nantais subissent également des hausses fiscales plus insidieuses.

Le stationnement payant en est l’exemple le plus frappant. Loin de se limiter à une simple régulation du trafic, il est devenu une source de revenus conséquente pour la municipalité. Entre 2023 et 2024, la ville a lancé un plan d’extension massif, faisant passer le nombre de places payantes de 14 300 à 25 000. De nouveaux quartiers entiers, de Malakoff à Chantenay, ont vu fleurir les horodateurs.

Cette extension s’est accompagnée d’une flambée des tarifs. 

En 2023, le coût pour deux heures de stationnement a grimpé de plus de +15% en zone rouge (5,30€) et de +11% en zone jaune (3,10€).

La hausse la plus spectaculaire concerne les amendes : le forfait post-stationnement (FPS) a explosé, passant de 35€ à 50€ en zone rouge (+43%) et de 25€ à 40€ en zone jaune (+60%).

Une politique qui s’inscrit dans une tendance de fond, Nantes ayant déjà été classée 3ème ville de France pour la hausse de ses tarifs de stationnement entre 2008 et 2014, avec une augmentation de + 43% en six ans

Pour beaucoup de Nantais, la voiture est devenue un luxe, et le stationnement, un impôt qui ne dit pas son nom.

Un modèle à bout de souffle ?

Entre la nécessité d’investir pour maintenir l’attractivité de la ville et la pression fiscale croissante sur ses habitants, la municipalité nantaise marche sur une ligne de crête.

Les choix de l’équipe de Johanna Rolland ont permis de moderniser la ville, mais à un coût élevé pour les contribuables.

L’opposition dénonce une « accumulation de hausses » et un manque de courage politique.

Les Nantais, eux, voient leur pouvoir d’achat grignoté par des impôts locaux qui semblent ne jamais cesser d’augmenter. La question de la soutenabilité de ce modèle financier se pose avec acuité. 

Jusqu’où les Nantais pourront-ils supporter cette pression fiscale avant que le dynamisme de la cité des Ducs ne finisse par en pâtir ?