Rencontre exclusive avec le patron du Canon Français, Pierre-Alexandre de Boisse

Publié le 20 juin 2026 à 00:00
par Stéphane Alligne
De la vente de vin entre amis sur Instagram à une entreprise générant plus de 5 millions d'euros de chiffre d'affaires, le parcours de Pierre-Alexandre de Boisse et de son associé Géraud Du Fayet De La Tour force le respect. Loin des polémiques médiatiques, l'histoire du Canon Français est avant tout celle d'une formidable réussite entrepreneuriale, bâtie sur l'audace, le bon sens et une réponse ingénieuse au besoin viscéral de lien social.
Actualité

Une entreprise rentable qui redonne le sourire et crée du lien social. 

L'intuition géniale : recréer du lien social

Tout commence pendant la période sombre du Covid. Pierre-Alexandre de Boisse, alors trader en matières premières au Luxembourg, et son associé Géraud Du Fayet De La Tour, vidéaste freelance avec une expérience dans la restauration, cherchent une idée. L'étincelle vient d'un ami vigneron dans le Muscadet, dont les cuves débordent suite à la fermeture des restaurants. Avec quelques milliers d'euros en poche, ils lui achètent une cuvée et la revendent sur les réseaux sociaux. Le succès est immédiat. Les 3 000 à 4 000 euros de bénéfice constituent le capital de départ de ce qui deviendra Le Canon Français.

L'idée initiale évolue rapidement. De la simple vente de vin solidaire pour restaurer le patrimoine, les deux fondateurs réalisent vite que le modèle n'est pas pérenne pour en vivre. La fin des confinements leur offre l'opportunité de pivoter vers l'événementiel. Leur constat est simple mais puissant : après deux ans d'isolement, les gens ont un besoin vital de se retrouver, de faire la fête, de faire des rencontres : de lien social.

L'idée des "banquets" dans des châteaux, mêlant vin, patrimoine et rencontres, est née. Une intuition qui va transformer leur petite entreprise en un véritable phénomène entrepreneurial.

Des débuts difficiles, un succès fulgurant

Contrairement à l'image d'Épinal du jeune entrepreneur soutenu par des fonds d'investissement ou une fortune familiale, les débuts du Canon Français sont marqués par la galère. Issus de familles de la classe moyenne, les fondateurs démarrent en "bootstrap", sans aucune levée de fonds.

J'ai connu les huissiers chez moi au début du Canon Français... 

J'ai connu les fois où j'étais à la pompe à essence avec ma femme et je ne pouvais pas faire le plein parce que je n'avais pas assez d'argent.

Pierre-Alexandre de Boisse. Président du Canon Français.

Une période difficile d'un an, où chaque dépense est comptée, avant que la rentabilité ne soit au rendez-vous.

De 60 000 euros la première année, le chiffre d'affaires bondit à 550 000 euros, puis franchit la barre des millions. Pour l'année en cours, l'entreprise table sur un chiffre d'affaires de 5,5 à 6 millions d'euros, doublant quasiment de taille chaque année.

Au-delà des polémiques, la réalité d'un modèle rassembleur

Le succès fulgurant du Canon Français a inévitablement attiré l'attention, parfois pour de mauvaises raisons. 

Quelques incidents isolés ont été montés en épingle par certains médias et personnalités politiques, cherchant à politiser une démarche qui se veut avant tout festive et rassembleuse. Des élus de gauche et d'extrême gauche ont appelé à interdire ces banquets géants, les qualifiant de « banquets de la haine » et pointant du doigt la présence de l'homme d'affaires Pierre-Édouard Stérin au capital. Des pétitions ont même été lancées, comme à Mauléon ou Bergerac, pour tenter d'annuler les événements.

Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : avec 10 500 festivaliers sur un seul événement à Mauléon et 70 000 participants attendus sur l'année, ces épisodes marginaux, qui concernent quelques poignées d'individus, ne reflètent en rien la réalité des événements du Canon Français. Face à des dizaines de milliers de participants bienveillants, l'insignifiance de ces quelques incidents est patente. 

Ce qui fait la force du Canon Français, c'est au contraire sa capacité incroyable à briser les barrières sociales :

Un jour, à table, on a eu le directeur d'un Leclerc et la caissière du même Leclerc. 

Ils se sont retrouvés à la même table par hasard. 

Pour moi, c'est l'image du Canon Français. 

C'est l'avocat qui déjeune avec le boulanger, avec l'agriculteur.

Ces événements se déroulent dans une ambiance populaire et bon enfant.

De la diversification aux ambitions futures

Aujourd'hui, Le Canon Français ne se limite plus aux banquets. L'entreprise s'est diversifiée avec succès dans la vente de produits dérivés, notamment les bérets. Ce qui ressemblait à une demande de niche s'est transformé en un marché très lucratif, générant près de 500 000 euros de chiffre d'affaires annuel. L'entreprise est même devenue le premier distributeur privé du fabricant historique Laulhère.

Forte de cette réussite, la PME regarde vers l'avenir avec ambition. Elle cible désormais le marché B2B, organisant des banquets sur-mesure pour de grandes entreprises cherchant à offrir une expérience mémorable à leurs collaborateurs.

Pour soutenir cette croissance effrénée, Le Canon Français recrute activement (chefs de projet, chargé de communication, directeur opérationnel) et cherche de nouveaux locaux. L'objectif : structurer l'entreprise pour permettre aux fondateurs de se concentrer sur la croissance externe et le développement de nouveaux concepts.

L'histoire du Canon Français est une véritable leçon d'entrepreneuriat. Elle prouve qu'avec une bonne idée, une exécution tenace et une écoute attentive des besoins de ses clients, il est possible de bâtir, sans moyens financiers colossaux au départ, une entreprise rentable qui redonne le sourire et recrée du lien social. 

Une aventure inspirante ancrée autour des traditions françaises, loin de la "nouvelle France" prônée par certains qui voudraient l'effacer.