Impayés et défaillances d’entreprises : quels sont les derniers chiffres ?

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Sur les 9 premiers mois de l'année, 41 000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées. La hausse globale des impayés ralentie, et cette décélération devrait se confirmer au 4ème trimestre.

Dans le sillage de la crise sanitaire du Covid-19, les défaillances d’entreprise sont restées à un niveau historiquement bas en 2020 et 2021. De nombreuses entreprises ont été maintenues grâce aux aides publiques.

Cependant, en 2022, nous avons assisté à une remontée spectaculaire de nombre de défaillances enregistrées.

Alors que nous arrivons au dernier trimestre 2023, qu’en est-il sur cette année ? La tempête tant annoncée est-elle en train d’arriver ?

1- Impayés et défaillances d’entreprises : une envolée en 2022

En 2021, les défaillances d’entreprise avaient atteint un plancher historiquement bas avec seulement 27 592 procédures collectives, chiffre inédit depuis 35 ans.

Partant d’une base très basse, l’année 2022 a connu une hausse exceptionnelle de procédures, sans toutefois atteindre le niveau des années pré-covid.

En effet, 42 500 procédures collectives ont été enregistrées en 2022, soit une hausse exceptionnelle de près de 50 % par rapport à 2021. Ce taux d’augmentation n’avait jamais été observé auparavant.

Cependant, pré-crise sanitaire, le nombre de procédures s’élevait à entre 50 000 et 55 000 chaque année. Ainsi, le nombre de défaillances en 2022 restait encore inférieur de 17% par rapport aux niveaux de 2019.

Si l’on observe le nombre de radiations d’entreprise en 2022, ce sont les entreprises exerçant dans le domaine du commerce (22,7% des radiations) et  les activités immobilières (18,4% des radiations) qui ont été les plus sévèrement touchées.  

L’explosion du nombre de défaillances d’entreprise en 2022 était prévisible. Elle est due à de nombreux facteurs :

  • L’augmentation exceptionnelle du coût de l’énergie ;
  • L’inflation galopante ayant atteint des niveaux inédits depuis les années 80 et provoquant une rétractation de la consommation des ménages et la flambée des prix des matières premières ;
  • La rupture des chaines d’approvisionnement ;
  • La hausse des taux d’intérêts et une baisse du nombre de crédits accordés par les banques ;
  • Le remboursement des PGE (prêts garantis par l’Etat) : les difficultés à rembourser les PGE sont plutôt à l’origine de procédures amiables (mandat ad hoc et conciliation) permettant aux entreprises d’étaler leurs remboursements.

Cependant, pour relativiser cette tendance alarmiste, il faut rappeler que l’on dénombre 26 fois plus de créations d’entreprises que de défaillances en 2022.

Qu’en est-il en au cours des 3 premiers trimestres 2023 ?

2- Les défaillances d’entreprises s’accentuent en 2023

L’explosion des défaillances d’entreprise observée en 2022, se confirme-t-elle sur les 3 premiers trimestres de l’année 2023 ?

Les chiffres du premier trimestre 2023

Au 1er trimestre 2023, 13 570 défaillances d’entreprise ont été dénombrées, approchant le niveau de 2019, sans toutefois le dépasser.

Le nombre de procédures collectives a augmenté de 43,6 % par rapport au 1er trimestre 2022.

Un fait inquiète les observateurs. Alors qu’en 2021, les solutions amiables étaient privilégiées, nous avons assisté au 1er trimestre 2023 à l’augmentation du nombre de liquidations judiciaires. Or, une liquidation judiciaire signe purement et simplement la cessation d’activité d’une entreprise ou sa dissolution. Il s’agit donc d’un signe fort de détérioration de la situation des entreprises en difficulté. Au 1er trimestre 2022, il y a eu 10730 liquidations judiciaires directes, niveau le plus haut depuis 2017.

Concernant les entreprises les plus touchées, ce sont les PME-ETI qui subissent le plus fort niveau d’augmentation de défaillances, soit 1125 défaillances. Ce niveau est inédit depuis 2015.

Les TPE connaissent une augmentation plus faible du nombre de défaillances. Cependant, 77% d’entre elles sont directement placées en liquidation judiciaire, sans procédure de conciliation ou de sauvegarde préalable.  

Alors que 2022 signait une année record en terme d’augmentation de défaillances (+ 50 %), la tendance du premier trimestre 2023 s’essoufflait à peine avec près de + 44 % d’augmentation. 

Les chiffres du 2ème trimestre 2023

Nombre de procédures collectives

Alors qu’au 1er trimestre, le nombre de défaillances ne dépassait pas le niveau pré-covid, c’est chose faite au  2ème trimestre 2023. 13 266 procédures collectives ont été ouvertes entre le 1er avril et le 30 juin, soit une augmentation de 35% par rapport au 2ème trimestre 2022.

Régions et secteurs d’activité les plus concernés

Les régions connaissant le plus de défaut d’entreprises sont l’Île-de-France, Nouvelle Aquitaine et l’Occitanie. Le niveau de défaillances y est similaire au 2ème trimestre 2016.

Après un calme inédit lors de la crise sanitaire, les défaillances ont repris dans la plupart des secteurs d’activité. A fin juin 2023, la répartition sectorielle est globalement similaire à celle que l’on pouvait observer auparavant. Toutefois, les entreprises en BtoC, donc vendant directement aux consommateurs finaux, connaissent le plus de défaillances : agroalimentaire, coiffure et soins du corps, loisirs etc. Ces secteurs sont particulièrement touchés par l’inflation qui réduit le pouvoir d’achat des ménages.

En revanche, alors que le marché de l’immobilier connait de grandes difficultés, le secteur du bâtiment résiste encore.

Les entreprises les plus concernées par les défaillances

Les PME-ETI restent en première ligne. Les chiffres font même état de deux fois plus de défaillances qu’en 2019.

Les TPE constituent habituellement les entreprises représentant le gros des défaillances. Au 2ème trimestre, 12130 d’entre elles sont entrées en procédure collective, représentant 91% du total. 

On constate une amélioration pour les très jeunes entreprises, celles âgées de moins de 3 ans et donc créées au moment de la crise sanitaire et juste après. Elles ont mieux résisté au 2ème trimestre 2023 qu’au 2ème trimestre 2022 où leurs défaillances s’élevaient à 130%.

Toujours pour nuancer, il s’agit de comparer le nombre de défaillances sur 12 mois glissant par rapport à la période 2010-2019, soit entre la crise financière de 2008 et la pandémie. En juillet 2023, le nombre de défaillances sur douze mois s’élevait à 49 863 tandis que le nombre de défaillances sur 2010-2019 s’élevait à 59 342, soit 16% de plus.

Les chiffres du troisième trimestre 2023

Nombre de procédures collectives

10 979 défaillances d’entreprises ont été dénombrées au 3ème trimestre 2023, soit 23% de plus qu’au  3ème trimestre 2022.

Sur 12 mois glissant, ce sont plus de 53 000 entreprises qui sont entrées en procédures collective, soit le niveau de l’automne 2019.

Régions et secteurs d’activité les plus concernés

Fait remarquable, le nombre de défaillances d’agences immobilières  a presque doublé au 3e trimestre 2023, soit une hausse de 98%. Le nombre de défaillance atteint son niveau le plus haut depuis plus de 10 ans.  La tempête qui souffle sur le marché immobilier est notamment due à la remontée des taux d’intérêt et à un certain attentisme de la part des acheteurs.

D’autres secteurs sont également touchés, dans une moindre mesure :

  • Les activités de coiffure et instituts de beauté: +38%, son niveau le plus haut sur dix ans ;
  • Les services aux entreprises: +34 %. Les hausses sont particulièrement fortes pour les activités suivantes : 
    • conseil en communication et gestion: +51%,
    • nettoyage de bâtiments: +41% ;
    • services informatiques : +33%.
  • La construction et second œuvre : +28%, les seuils atteints sont désormais ceux de la période pré Covid.
  • Le secteur HCR: +21%, soit un nombre proche de celui de l’été 2018.

Les entreprises les plus concernées par les défaillances

Les PME-ETI continuent d’inquiéter puisque leur proportion dans le total des entreprises défaillantes représente 8,2%. C’est le niveau le plus haut enregistré depuis le 3ème trimestre 2010, c’est-à-dire dans le sillage de la crise financière. Or, les défaillances de PME et les ETI représentent de nombreux emplois menacés. En effet, alors qu’elles ne représentent que 8,2% des entreprises en difficulté, ces entreprises concentrent 58% des emplois menacés. La moitié des ETI ouvrant une procédure collective entrent directement en liquidation judiciaire. Leurs difficultés inquiètent au vu des menaces pesant sur la dynamique d’emploi.  

Les défaillances de TPE restent les plus nombreuses. Au 3ème trimestre, 10 080 TPE ont ouvert une  procédure collective, soit 92% du total et 22% d’augmentation. Les entreprises comptant moins de 3 salariés résistent mieux. 

Alors que les chiffres étaient encourageants au 2ème trimestre, les très jeunes entreprises de moins de 3 ans enregistrent 1700 défaillances, soit une hausse de 32% par rapport au 3ème trimestre 2022. De plus, 81% d’entre elles font directement l’objet d’une liquidation judiciaire.       

Les jeunes entreprises ayant entre 3 et 5 ans résistent. Elles enregistrent une hausse de 13% par rapport au 3ème trimestre 2022 avec 3175 défaillances. De plus, elles font moins souvent l’objet d’une liquidation judiciaire immédiate, puisque le nombre de liquidation n’augmente que de 9% tandis que les redressements ont augmenté de 24%.

4- Défaillances d’entreprise : les perspectives

Sur les 9 premiers mois de 2023, 41 000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées, soit 4550 par mois. Toutefois, la hausse globale ralentit et cette décélération devrait se confirmer au 4ème trimestre 2023. Les procédures collectives ne devraient pas dépasser les 55 000.

Pour la Banque de France, cette hausse exceptionnelle des défaillances est tout à fait logique. Partant d’un plateau très bas au cours des années 2020 et 2021, il est normal que la remontée du nombre de défaillances soit aussi forte. Des entreprises qui auraient naturellement fait faillite ont été maintenues par les aides durant la crise sanitaire. La fin des aides de l’Etat sonne le glas pour ces affaires fragiles.

L’observatoire des entreprises de la Banque de France prévoit un plateau des défaillances situé à une moyenne légèrement inférieure à la moyenne pré crise sanitaire. Le point sur lequel alerte la banque de France est la situation des ETI car ce sont les entreprises qui présentent la plus forte progression des défaillances, créant une menace pour l’emploi.

Pour la note optimiste, la Banque de France insiste également sur le nombre toujours dynamique de créations d’entreprise.

La banque de France est-elle trop optimiste ? Au-delà des effets de la crise covid qui continuent de se faire sentir, de nombreux phénomènes conjugués font peser des risques de récession sur l’économie Française en 2024. Ces perspectives économiques peu réjouissantes pourraient provoquer de nouvelles faillites en cascade. D’autant plus que la hausse des taux d’intérêts limite le recours des entreprises aux prêts professionnels qui leur permettrait de financer leurs investissements.  

 

 

 

 

 

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    Aurore R

    Aurore est journaliste-rédactrice sur les sujets économiques, entreprises et sociaux.

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