Élus, artistes, experts : interdiction et boycott d'évènements, jusqu'où iront les nouveaux fascistes ?

Publié le 23 octobre 2025 à 07:00
par Juliette ROY
Projection Barbie, conférences politiques, concerts : pourquoi certains évènements font-ils l'objet de pression pour les annuler ?
Actualité

De nombreuses polémiques émergent dans le débat public, faisant suite à des annulations ou tentatives d’interdiction d’évènements. Sous la pression, des interventions d’élus, d'experts dans leur domaine, d'auteurs, d’artistes sont purement et simplement annulées.

Dans un contexte de tension politique croissante, ces situations révèlent des frictions entre liberté d’expression, respect des sensibilités et responsabilité des institutions culturelles et universitaires.

D’où viennent les pressions conduisant à des annulations d’évènements ?  Ne s'agit-il pas d'une nouvelle forme de fascisme ?

Quelles sont les dynamiques de pression conduisant à l’annulation d’événements ?

Annulation d'évènement pression.jpg

Dans quels contextes ont lieu ces pressions ?

Les dynamiques de pression menant à l’annulation d’événements s’inscrivent dans un contexte marqué par la montée du no-platforming.

Le « No platforming » consiste à faire désinviter ou à boycotter une personnalité dont les idées sont jugées problématiques ou offensantes. 

Par exemple, en Grande Bretagne, Boris Johnson avait été décommandé par les étudiants du Kings Think Tank du Kings College de Londres car il aurait manqué de respect envers Barack Obama.

De même, des figures de mouvements féministes et/ou de la lutte pour l’égalité des personnes LGTB ont fait l’objet de ces « no-platforms », comme la militante féministe lesbienne Julie Bindel. Celle-ci a été accusée de transphobie lorsqu’elle a expliqué que tout le débat autour du genre ne faisait que renforcer les stéréotypes hommes/femmes. 

À l'instar du fascisme, ces pratiques visent à bâillonner des opinions divergentes, sous prétexte de ne pas diffuser d’idées jugées « dangereuses ». Le risque pour la sécurité est aussi souvent invoqué pour annuler la venue de personnalités clivantes.

Ces pressions s’inscrivent aussi dans un climat de bataille idéologique plus large, entre courants woke et anti-woke, ou entre défenseurs de la liberté d’expression et partisans d’une responsabilisation de la parole publique.

Ainsi, l’annulation d’événements devient un terrain de tension entre le droit d’exprimer toutes les opinions et la légitimité d’empêcher certaines prises de parole perçues comme nuisibles ou illégitimes

Quels types d’évènements font l’objet de pression d’annulation ?

Les pressions en faveur de l’annulation d’événements concernent une grande diversité de domaines, allant du culturel au politique, en passant par le social et l’idéologique.

Ces phénomènes se développent particulièrement dans les espaces culturels et universitaires où les mobilisations étudiantes et militantes jouent un rôle central. Ces groupes cherchent à défendre certaines valeurs éthiques ou identitaires, souvent au nom de la protection de minorités ou de la lutte contre les discours jugés discriminatoires.

Dans le champ culturel, des projections, débats publics, ou représentations artistiques sont régulièrement visés lorsqu’ils sont jugés offensants ou inappropriés par certains groupes. Des événements perçus comme contraires à certaines valeurs morales ou identitaires, qu’il s’agisse de concerts, de festivals ou d’initiatives associatives, peuvent être annulés sous la pression.

Sur le plan politique, les interventions d’élus, les conférences d’universitaires ou encore les colloques portant sur des sujets sensibles font souvent l’objet de campagnes de no-platforming.

Ces dynamiques traduisent une volonté croissante de contrôler l’espace public et de définir les limites de ce qui peut être exprimé ou entendu, tout comme le fascisme.

Pour comprendre comment s’exercent les pressions conduisant à l’annulation de ces évènements, étudions deux cas récemment médiatisés. 

Deux exemples d’évènements annulés sous les pressions  

projection du film Barbie annulée.jpg

Pourquoi et comment la projection du film Barbie a-t-elle été annulée ?

👉 Contexte : Le 8 août 2025, la projection du film "Barbie" dans un quartier de Noisy-le-Sec a été annulée sous la pression d'un groupe de jeunes habitants.  

🔒 Les moyens de pression : Ces derniers ont exercé des menaces insistantes de mettre eux-mêmes fin à la séance si elle était maintenue.

🎤 Leurs arguments : selon eux, le film « prônait l’homosexualité » et « portait atteinte à l’image de la femme », des arguments qui traduisent une opposition morale et culturelle à la représentation véhiculée par le long-métrage. Le maire de Noisy-le-Sec a, de son côté, dénoncé une attitude relevant de l’obscurantisme et du fondamentalisme, tout en décidant d’annuler la projection afin de protéger les habitants et d’éviter tout incident.

Cette décision du maire, qui a cédé face aux pressions, a suscité de vives réactions médiatiques et institutionnelles, relançant le débat sur la pression exercée sur les espaces culturels. En parallèle de l’annulation, une enquête pour menaces et intimidation a été ouverte. 

Quelles ont été les pressions pour annuler des interventions d’élus de droite à l’université de Nantes ?

👉 Contexte : Le 5 octobre 2023, la conférence de l’essayiste Paul Melun, organisée à l’Université de Nantes par le syndicat étudiant UNI, a été annulée dans un contexte de fortes tensions politiques.

🔒 Les moyens de pression : Compte tenu des menaces de groupes antifas et groupuscules d’extrême gauche, la Présidente de l’Université de Nantes aurait préféré annuler l’évènement pour des raisons de sécurité.

🎤 Leurs arguments : La direction de l’université avait toutefois démenti en indiquant que l’UNI (le syndicat étudiant organisateur) ne pouvait assumer les frais liés à la sécurité de l’évènement. L’université conditionne en effet la tenu de ce type de conférences à la réunion de critères de sécurité : filtrage des entrées et surveillance. L’UNI avait toutefois précisé que ces conditions n’étaient pas demandées pour des conférences d’extrême-gauche sur le campus. Le syndicat organisateur a dénoncé une différence de traitement avec des conférences d’extrême gauche ne faisant pas l’objet des mêmes conditions.

La conférence n‘a pas eu lieu. Est-ce qu’il y a vraiment une différence de traitement entre les intervenants de gauche et de droite à l’université ? Est-ce une façon d’éviter la venue d’intervenants de droite à l’université ? Il faut toutefois indiquer que les frais de sécurité demandés ne s’élevaient qu’à 116€.

La non tenue de l’événement a ravivé les critiques sur le “sectarisme universitaire” et sur le climat d’intimidation pesant sur les campus. Cet évènement soulève la question du pluralisme politique dans l’enseignement supérieur et de la neutralité des institutions académiques.  

Quels sont les enjeux autour de ces annulations d’évènements ?

Les universités et lieux culturels sont censés incarner des espaces de débat et de confrontation intellectuelle, mais ils se trouvent de plus en plus contraints par des logiques de précaution et de réputation.

Les actions menées par des groupes d'extrême gauche visant à faire taire ceux qui pensent différemment relèvent davantage du fascisme que d'une censure légitime face à des propos illégaux.