Publié le 13 octobre 2025
par William Thay

Retraites : Censure ou suspension, le faux dilemme qui va nous coûter des milliards

Suspendre la réforme des retraites coûterait 10 milliards d'euros sur 3 ans, soit plus que la censure qu'elle prétend éviter (6 Mds €). Un renoncement politique qui pèsera sur nos enfants et fragilise la crédibilité financière de la France.
Actualité

Suspendre la réforme des retraites coûtera plus cher que la censure qu'elle est censée éviter. En France, chaque crise se conclut toujours de la même manière. Au lieu de réformer, la classe politique recule et renonce. Plutôt que de consolider la seule réforme structurelle menée depuis huit ans, elle s’apprête à l’abandonner pour éviter une censure… qui serait pourtant moins coûteuse que la suspension de la réforme des retraites de 2023.

L’État vit à crédit pour soutenir un État-providence intenable

Depuis la réforme des retraites à 60 ans de François Mitterrand en 1981, les dépenses sociales ont littéralement explosé. En 1981, les dépenses de retraites représentaient 10,0 % du PIB selon la DREES contre près de 14 % en 2024, soit la moitié des dépenses sociales et un quart de la dépense publique. Selon l’INSEE, la France dépensait l’équivalent de 51 Mds € courants sur les retraites contre 388,4 Mds €, soit 7,5 fois plus en 40 ans. Or, la production de richesse nationale a été multipliée par moins de 6 sur la même période.

Pire, cet effort massif ne porte pas sur le régime général du privé. En effet, selon le COR, il était revenu à l’équilibre avant la réforme 2023 grâce aux réformes Fillon 2011 et Touraine 2014. Ce sont le régime des fonctionnaires et les régimes spéciaux qui sont déséquilibrés. Chaque année, l’État comble ces déficits à coups de transferts budgétaires payés par la dette publique, pour 45,1 milliards d’euros par an. Autrement dit, l’État vit à crédit pour payer les avantages sur la retraite d’une partie de sa population.

Aux grands maux, toujours les mêmes mauvais remèdes

Le monde du travail et les entreprises n’ont pu supporter une telle envolée de dépenses sociales financées par les cotisations sociales. C’est pourquoi, l’État a « généreusement », selon certains, mis en place des politiques d’allègements de cotisations sociales. Cela représente 75 milliards d’euros par an. Comme les dépenses n’ont pas baissé et que les cotisations ne suffisent plus (48% du financement de la sécurité sociale), l’État a multiplié les autres sources de financement : CSG, TVA sociale, mais le résultat est le même.

Et donc aujourd’hui au lieu de se poser la question sur les dépenses, certains veulent exploiter ce « manque de recettes ». Une folie ! Cela revient à opérer un double choix mortifère : accepter plus de chômage en étranglant l’activité (1 million d’emplois auraient pu être détruits selon France Stratégie) et plus de dette publique à léguer à nos enfants.

Un paradoxe : la suspension coûte plus cher que l’instabilité liée à une censure

L’idée de suspendre la réforme – par gel de l’âge de départ et de l’accélération prévue par la Réforme Touraine – nous est vendue pour stabiliser le pays en coûtant moins cher qu’une censure. Mais c’est précisément le contraire. Selon les premiers chiffrages, une suspension coûterait : moins de 1 Md € en 2026, 3 Mds € en 2027 selon le Premier Ministre, et reviendrait à coûter près 5,8 Mds € par an, sur les années suivantes selon la Cour des Comptes.

Voilà donc le deal de l’année ! Suspendre la réforme des retraites coûterait en cumulé sur les trois prochaines années environ 10 milliards d’euros sans parler d’éventuels surcoûts annexes liés à la perte de crédibilité financière de la France pour éviter une censure qui « coûte moins cher ». Selon Bercy, la censure de Michel Barnier a coûté 6 Mds € en neutralisant les recettes fiscales nouvelles prévues. Or, 2025 est le dernier budget que les oppositions pourraient censurer puisqu’en 2026, il n’y aura plus d’intérêt politique à quelques mois de la présidentielle.

Mais surtout, qui osera revenir sur ce renoncement lors de l’élection présidentielle de 2027 ? Dans le paradis du socialisme, cet accord sera considéré comme un sacro-saint acquis social que ni les socialistes de gauche, ni les socialistes du centre et ni les socialistes de droite ne remettront en cause. Voilà le problème : nous léguerons un nouveau fardeau à nos enfants pour un compromis politique qui n’est même pas rentable économiquement !

Article rédigé par William Thay - Chroniqueur économique, président du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire.
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