Via Automobile, Transakauto : La promesse d’une transaction sans accroc à l’épreuve de la réalité

Le marché de la voiture d’occasion est en pleine effervescence. Face à la complexité et aux risques inhérents des transactions entre particuliers, de nouveaux acteurs ont émergé : les intermédiaires en vente automobile.
Des réseaux comme Transakauto, L'Agence Automobilière ou Via Automobile promettent de révolutionner l'achat et la vente de véhicules de seconde main en offrant simplicité, sécurité et sérénité. Mais que se cache-t-il réellement derrière cette belle vitrine ?
Entre avantages indéniables et pièges potentiels, enquête sur un modèle qui séduit autant qu'il interroge.
Une promesse alléchante : la vente déléguée
Le concept est simple et s'inspire largement du modèle des agences immobilières. Vous souhaitez vendre votre voiture ? Confiez-la à un intermédiaire.
Celui-ci se chargera de tout, ou presque : estimation du prix, réalisation de photos professionnelles, rédaction et diffusion de l'annonce sur de multiples plateformes, gestion des contacts et des visites, sécurisation du paiement et prise en charge des démarches administratives. Pour le vendeur, la promesse est celle d'un gain de temps considérable et d'une tranquillité d'esprit totale. Fini les appels à des heures indues, les négociations interminables et la crainte des chèques en bois ou des paiements frauduleux.
Des entreprises comme Transakauto, fondée en 2009 par Michael Ledoux ont bâti leur succès sur ce modèle.
Avec un réseau de plus de 160 agences en 2025 et un chiffre d'affaires en forte croissance, l'enseigne met en avant un service "100% gratuit pour le vendeur".
L'idée est de définir un prix net vendeur ; la commission de l'agence viendra s'ajouter au prix de vente final, payé par l'acheteur. Pour ce dernier, l'avantage réside dans l'accès à un catalogue de véhicules théoriquement inspectés, souvent assortis d'une garantie mécanique et de solutions de financement.
La face cachée : coûts, risques et déceptions
Si le tableau semble idyllique, la réalité est souvent plus nuancée. Le premier point de friction concerne le coût réel du service.
Bien que présenté comme gratuit pour le vendeur, le service est bien financé par une commission.
Cela donne parfois des situations ubuesques en cas de contentieux où le vendeur se retrouve à verser plus d’argent qu’il n’a reçu !
En effet, très récemment sur la ville de Nantes, un vendeur particulier s’est retrouvé à payer bien davantage que ce qu’il avait reçu de la part de l’agence Nantaise Transakauto à laquelle il avait confié la vente de son véhicule.
Plus en détail, Baptiste (le prénom a été modifié), accepte de confier la vente de son véhicule peugeot à l’agence TransakAuto de Nantes dirigée par Anthony Briand.
Il transmet l’ensemble des justificatifs demandés par le professionnel et laisse TransakAuto gérer l’entièreté de la transaction : de l’audit du véhicule et des éléments fournis, à la vente du véhicule auprès de leurs clients.
Seulement, rien ne va se passer comme prévu.
Baptiste a perçu 5600€ de la vente de son véhicule par TransakAuto ; mais il a dû rembourser la somme de 7500€ à l’acheteuse
Quelques semaines après la vente de son véhicule par l’intermédiaire de TransakAuto, Baptiste reçoit un appel de l’agence l’informant d’un ennui mécanique signalé par l’acheteuse sur le véhicule.
En sus, TransakAuto adresse un email contenant le devis de différentes préconisations - non urgentes - listées par le garage qui s’apparente à de l’entretien.
Baptiste répond aussitôt et apporte des éléments factuels à l’instar d’une facture en complément des éléments précédents transmis par ces soins.
Quelques jours plus tard, il reçoit une convocation à une expertise dans un garage de la marque Peugeot. Seulement, l’agence TransakAuto n’est pas présente ni représentée.
Baptiste s’y présente dans le seul objectif de clore le contentieux à l’amiable.
Baptiste était d’autant plus confiant que le contrôle technique de la voiture était dépourvu de toute mention relative aux griefs évoqués par l’acheteuse, mais également car il s’était fait accompagner par un professionnel (TransakAuto) pour la vente de son véhicule.
Or, pour certaines professions, la jurisprudence a étendu l'obligation d'information à un devoir de conseil. Ce n'est pas un texte de loi unique, mais une construction juridique basée sur les articles du Code civil relatifs à la responsabilité contractuelle notamment l'article 1231-1.
Le professionnel ne doit pas seulement informer, mais aussi guider son client vers la meilleure solution pour ses besoins. Il doit attirer son attention sur les risques, les avantages et les inconvénients des différentes options. Ce devoir est particulièrement fort pour les professionnels dont l'expertise est essentielle (vendeur de matériel informatique, banquier, assureur, notaire, architecte, garagiste, etc.) et vraisemblablement intermédiaire en vente de véhicules d'occasion à l'instar de Transakauto.
Seulement, d'après les faits et les éléments, ces conseils et ce devoir d'information ne semblent pas été réalisés par l’agent TransakAuto que cela soit auprès du vendeur ou de l'acheteuse.
En définitive, Baptiste a tout de même accepté de rembourser l'acheteuse afin d’éviter un contentieux judiciaire à la fois coûteux et incertain.
Cependant, Baptiste s'estime trompé et lésé par TRANSAKAUTO.
Trompé, car il fait confiance à un professionnel pour la vente de son véhicule qui semble avoir fait défaut en matière de conseil : Pour quelles raisons l'analyse des documents et du véhicule n'ont pas permis à l’agent de relever d'éventuelles incohérences factuelles en amont de la transaction, notamment une fuite d'huile aussi importante, telle que signalée par l'acheteuse ?
Lésé, car il a dû rembourser davantage qu'il n'a perçu lors de la vente de son véhicule. Cela induit une situation personnelle actuellement très compliquée.
En effet, Baptiste a perçu 5600€ de la vente de son véhicule par TransakAuto ; mais il a dû rembourser la somme de 7500€ à l’acheteuse décomposée comme suit :
- Véhicule : 5600€
- Frais TransakAuto : 890€
- Frais de mise à la route : 690€
- Paiement de frais divers à l’acheteuse : 320€
En sus, Baptiste a dû récupérer le véhicule qu’il avait vendu, rembourser l’acheteuse, et payer les frais de TransakAuto tout en ayant acheté un autre véhicule en remplacement du premier.
La situation de Baptiste est aujourd’hui dramatique, il ne peut plus payer son loyer ni faire face à un imprévu.
Tout cela aurait peut-être pu être évité si les contrôles et le devoir de conseil de l’agent TransakAuto avaient été effectués conforment aux standards du secteur de la vente automobile. L’intermédiaire semble avoir commis une faute dans sa mission de conseil que cela soit auprès de Baptiste ou de l’acheteuse.
Effectivement, l'autre zone d'ombre majeure réside dans la qualité de la prestation. Un article du site spécialisé CapCar pointe un modèle parfois décevant, où les gérants de franchises ne sont pas toujours des professionnels aguerris de l'automobile. L'inspection du véhicule peut se limiter à un "check visuel rapide", sans s'attarder sur les détails mécaniques, laissant l'acheteur sans "aucune garantie que l’auto qu’il achète est saine".
Les expériences clients corroborent ces craintes. Sur des plateformes d'avis comme Trustpilot, si de nombreux clients louent le professionnalisme et la rapidité de la vente, une part significative des avis négatifs concernant des acteurs comme Transakauto pointe des problèmes récurrents liés aux garanties et à la gestion des soucis post-transaction. Un acheteur témoigne : "J'ai acheté un véhicule au mois d'août on m'a fait prendre une garantie de 12 mois j'ai un problème avec le véhicule et c'est pas pris en compte". Un autre rapporte un problème de culasse découvert un mois après l'achat d'une Golf GTI, malgré la vente par un professionnel.



Malgré des échanges avec Transakauto et sa directrice générale, Blanche Rondeau, l'entreprise Transakauto n'a pas souhaité solutionner la problématique du client concerné.
L'affaire Via Automobile : quand le rêve tourne au cauchemar
"J’ai choisi l’enseigne, un professionnel par sécurité pour être sûre d’être payée et au final, je ne reverrai plus jamais mon argent".
Le risque le plus extrême est celui de l'escroquerie pure et simple, comme l'a tragiquement illustré l'affaire de la franchise Via Automobile à Calais en 2025. Des dizaines de clients se sont retrouvés piégés : certains avaient confié leur voiture pour la vente et n'ont jamais perçu l'argent une fois la transaction effectuée ; d'autres ont acheté des véhicules qui se sont révélés être des nids à problèmes, avec des pannes à répétition et des frais de réparation exorbitants.
Une victime, Sabine, raconte à France 3 Régions avoir confié sa voiture et, malgré la confirmation de la vente à 11 000 euros, n'avoir "pas reçu un centime". Elle a dû contracter un nouveau crédit pour acheter une seconde voiture afin de pouvoir continuer à travailler. Son témoignage est poignant : "J’ai choisi l’enseigne, un professionnel par sécurité pour être sûre d’être payée et au final, je ne reverrai plus jamais mon argent".
Cette affaire met en lumière une faille structurelle du modèle en franchise : la maison-mère peut se défausser de la responsabilité des agissements frauduleux d'un franchisé, le présentant comme un "modèle indépendant". Bien que le groupe Via Automobile ait porté plainte contre les gérants et proposé d'accompagner les victimes, pour ces dernières, le mal est fait et la confiance rompue.
Litiges et responsabilité : qui paie en cas de problème ?
La question de la responsabilité est centrale.
En cas de vice caché, vers qui l'acheteur doit-il se tourner ? La réponse juridique est complexe et cruciale à comprendre. Comme l'explique Maître Jean-Baptiste le Dall, avocat spécialisé en droit automobile, la garantie légale des vices cachés ne peut, en principe, être mise en œuvre qu'à l'encontre du vendeur, c'est-à-dire le propriétaire initial du véhicule, et non contre le simple mandataire qui n'a agi qu'en tant qu'intermédiaire.
"On le perçoit rapidement : la garantie légale des vices cachés ne pourra être mise en œuvre qu’à l’encontre du vendeur précédent propriétaire du véhicule.
En effet, si le contrat est annulé il sera compliqué d’aller restituer un véhicule à quelqu’un qui n’en était pas propriétaire et de lui demander le versement d’une somme qu’il n’a pas touchée…"
- Jean-Baptiste le Dall, Avocat
Le vendeur particulier, pensant se décharger de tout souci en passant par une agence, reste donc en première ligne en cas de défaut majeur non décelé.
L'intermédiaire, lui, n'engage sa responsabilité que dans des cas précis : s'il a commis une faute dans sa mission de conseil ou, et c'est une exception importante confirmée par la jurisprudence, s'il a dissimulé sa qualité de mandataire et s'est comporté comme le vendeur direct du véhicule.
Un service utile, mais la vigilance reste de mise
Les intermédiaires en vente automobile répondent à un besoin réel et peuvent, lorsqu'ils sont sérieux, offrir un service précieux. Ils apportent une fluidité et une sécurité indéniables à un marché de l'occasion souvent perçu comme une jungle.
Cependant, le consommateur doit faire preuve d'une vigilance accrue. Avant de s'engager, il est impératif de se renseigner sur la réputation de l'agence locale, de lire attentivement les avis clients, et surtout, de bien comprendre les termes du contrat de mandat. L'acheteur doit exiger de voir tous les documents du véhicule (historique, factures d'entretien, contrôle technique) et ne pas se contenter des promesses verbales. Le vendeur, quant à lui, doit être conscient qu'il conserve la responsabilité finale sur les vices cachés de son véhicule.
En somme, si ces agences peuvent effectivement transformer une transaction potentiellement stressante en une simple formalité, cette facilité a un coût et ne doit jamais dispenser les parties de leur devoir de prudence. La confiance n'exclut pas le contrôle, un adage qui n'a jamais été aussi vrai dans le monde de l'automobile d'occasion.




