Primaire LR à Nantes : Qui sera le meilleur Maire pour Nantes ?

Les 800 adhérents Nantais des Républicains devront trancher fin août entre deux candidatures aux antipodes : l'une rassembleuse, l'autre de rupture. Analyse comparative de deux projets pour défier Johanna Rolland en 2026.
Actualité

À quelques mois des élections municipales de mars 2026, la droite Nantaise se prépare à un duel interne décisif. Après des mois d'incertitude, la commission nationale d'investiture des Républicains a tranché : À Nantes, ce seront les 800 adhérents nantais du parti qui départageront, les 30 et 31 août prochains, Julien Bainvel et Foulques Chombart de Lauwe. Deux hommes, deux tempéraments, deux stratégies pour tenter de reconquérir Nantes acquise au socialisme depuis plus de trois décennies.

D'un côté, Julien Bainvel, 45 ans, figure de l'opposition municipale depuis 2014, conseiller régional et protégé de la sénatrice Laurence Garnier

De l'autre, Foulques Chombart de Lauwe, élu municipal exclu de son propre groupe en 2023 pour avoir lancé sa candidature en cavalier seul, revendiquant une approche de rupture.

Deux profils, deux parcours

Julien Bainvel : au service des Nantais depuis plus de 10 ans

Nantais de naissance et de cœur, Julien Bainvel incarne la continuité de la droite locale. Formé en droit à Nantes puis à l'Institut supérieur de management public et politique de Paris, il a forgé son expérience dans les cabinets ministériels entre 2003 et 2007, notamment au secrétariat d'État à la lutte contre la précarité et au ministère de l'Écologie sous Jacques Chirac.

Depuis 2007, il travaille au conseil général des Pays de la Loire, une position qui lui confère une connaissance approfondie des rouages administratifs régionaux.

Son parcours politique témoigne d'une fidélité à la ligne républicaine traditionnelle, même si elle a connu quelques soubresauts. Après avoir quitté LR l'année dernière en réaction au ralliement d'Éric Ciotti au Rassemblement national, il a repris sa carte au printemps 2025, illustrant sa capacité d'adaptation aux évolutions du parti. Cette trajectoire en fait aujourd'hui le candidat de l'establishment local, parfaitement inséré dans l'écosystème politique Nantais.

Foulques Chombart de Lauwe : le franc-tireur

À l'inverse, Foulques Chombart de Lauwe cultive l'image du candidat antisystème. Nantais d'origine également, il a mené un riche parcours international avant de revenir dans sa ville natale en 2015. Élu municipal d'opposition, il a rapidement marqué sa différence en se lançant dès octobre 2023 dans la course à la mairie, une initiative qui lui a valu d'être exclu du groupe de la droite et du centre au conseil municipal.

Proche du maire de Cannes David Lisnard, il assume pleinement son positionnement de "vrai homme de droite" prompt à "casser les codes". Sa campagne, entamée il y a vingt mois, se caractérise par un ton franc du collier et une volonté affichée de "virer" Johanna Rolland. 

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Cette approche frontale, qui peut séduire les électeurs en quête d'authenticité, contraste radicalement avec la diplomatie feutrée de son concurrent.

Stratégies d'alliance : rassemblement contre rupture

J. Bainvel mise sur l'union de la droite et du centre

La différence la plus marquante entre les deux candidats réside dans leur approche des alliances. 

Julien Bainvel prône ouvertement un "rassemblement large" qui transcende les clivages partisans traditionnels. Sa stratégie consiste à fédérer l'ensemble de l'arc de droite et du centre, "du Modem et Horizon à LR, en passant par Renaissance, l'UDI ou le Nouveau Centre", selon ses propres termes.

Cette approche inclusive lui a déjà valu le ralliement de figures importantes du paysage politique local. Outre le soutien indéfectible de Laurence Garnier, qui affirme qu'il est "seul à même de rassembler largement les Nantais", il peut compter sur l'appui de onze des treize élus municipaux LR et sur celui de Mounir Belhamiti, ancien député macroniste. 

Cette capacité à fédérer au-delà de son camp originel constitue indéniablement un atout dans une ville où la gauche reste majoritaire.

L'enjeu de Saral El Haïry, ancienne ministre et figure du macronisme nantais, cristallise cette stratégie. Si F. Chombart de Lauwe assure qu'elle travaillera avec le gagnant de la primaire, J. Bainvel semble mieux positionné pour obtenir son soutien, compte tenu de ses liens avec l'écosystème centriste.

F. Chombart de Lauwe revendique la rupture

À l'opposé, Foulques Chombart de Lauwe assume pleinement son statut de "candidat de rupture". Refusant les compromis qu'il juge compromettants, il préfère mener une campagne solitaire plutôt que de diluer son message dans des alliances qu'il estime contre-productives. "On n'a pas les mêmes approches concernant les alliances", rappelle-t-il, soulignant ainsi sa volonté de se démarquer de la stratégie consensuelle de son rival.

Cette approche, si elle peut paraître risquée dans un contexte où l'union fait traditionnellement la force, répond à une logique politique claire : celle de proposer une alternative authentique aux électeurs déçus par les compromissions politiques. En se définissant comme un "écolo de droite", il tente de séduire un électorat sensible aux questions environnementales tout en conservant un ancrage à droite assumé.

Mobilité urbaine : pragmatisme unanime contre le dogmatisme actuel

Julien Bainvel dénonce l'approche "dogmatique" de la majorité

Sur les questions de mobilité, qui constituent l'un des principaux sujets de préoccupation des Nantais, Julien Bainvel développe une critique méthodique de la politique menée par l'équipe de Johanna Rolland. Il dénonce une approche qu'il qualifie de "dogmatique", pointant notamment les dysfonctionnements créés par certains aménagements urbains.

Son analyse se veut nuancée : tout en se déclarant favorable aux alternatives à la voiture individuelle, il insiste sur la nécessité de prendre en compte les besoins de tous les usagers. "Je fais partie de ceux qui disent qu'il faut offrir des alternatives pour que ceux qui le peuvent puissent éviter de prendre leur voiture", explique-t-il, avant d'ajouter : "Mais il y a des personnes, des familles et des professionnels qui ne peuvent pas se passer de leur voiture."

Cette position équilibrée se traduit par des propositions concrètes : création de pistes cyclables sécurisées, amélioration du niveau de service des transports en commun, mais aussi révision du plan de circulation et meilleure coordination des chantiers.

Foulques Chombart de Lauwe prône le réalisme

Foulques Chombart de Lauwe adopte une approche plus pragmatique encore, reconnaissant d'emblée la complexité des enjeux de mobilité. "J'ai conscience qu'il faut qu'il y ait moins de voitures", admet-il, tout en soulignant les limites des solutions actuelles. Son réalisme se manifeste dans l'analyse qu'il fait des habitudes de déplacement : "Une grosse partie des clients des commerces de la ville de Nantes ne viennent pas de la métropole. Ils n'ont donc pas de solution simple en matière de transport en commun."

Cette lucidité l'amène à proposer des solutions innovantes, comme la gratuité du stationnement en parking P+R pour les personnes effectuant des achats dans le centre-ville. Une mesure qui témoigne de sa volonté de concilier impératifs écologiques et réalités économiques, en particulier pour soutenir le commerce de proximité. Cela d'autant plus que dans le centre-ville de Nantes cadenassé par les travaux, les commerces de Nantes ferment les uns après les autres, une véritable hécatombe avec +45% de défaillance d'entreprises.

Grands projets d'infrastructures : deux approches complémentaires

Le pont Anne de Bretagne, révélateur des divergences

Le pont Anne de Bretagne illustre parfaitement les différences d'approche entre les deux candidats. 

Julien Bainvel critique vertement la gestion du projet par la municipalité actuelle, pointant le non-respect des engagements initiaux. "L'un des engagements qui avait été demandé aux entreprises qui postulaient, c'était que le pont reste ouvert", rappelle-t-il, dénonçant l'impact économique désastreux de sa fermeture sur les commerçants du centre-ville.

Face à ce qu'il considère comme un échec de planification, J. Bainvel propose une alternative ambitieuse : relier l'Île de Nantes à la gare de Chantenay pour créer un "véritable pôle multimodal". Cette vision s'inscrit dans une logique de préservation du patrimoine existant tout en développant de nouvelles infrastructures adaptées aux enjeux contemporains.

Foulques Chombart de Lauwe partage ce constat d'échec mais l'inscrit dans une critique plus large de la communication municipale. Il dénonce le manque de prévisibilité et de transparence qui caractérise, selon lui, l'action publique nantaise. "Concrètement pour votre commerce vous n'avez plus que vos yeux pour pleurer", résume-t-il, soulignant l'impact humain et économique des décisions prises sans concertation suffisante.

Périphérique et infrastructures : l'audace de Julien Bainvel

Sur la question du périphérique nantais, régulièrement fermé en raison des inondations, Julien Bainvel fait preuve d'une audace remarquable. Diagnostiquant que le problème va s'amplifier avec le changement climatique, il propose une solution pragmatique qui transcende les clivages de compétences : que la métropole avance l'argent pour réaliser les travaux dans des délais courts, quitte à se faire rembourser par l'État ultérieurement.

"La métropole, elle a de l'argent. Son budget, c'est 2 milliards d'euros. Il n'y a aucune difficulté", argumente-t-il, démontrant une connaissance fine des enjeux budgétaires et une capacité à proposer des solutions concrètes aux problèmes structurels de la ville.

F. Chombart de Lauwe, de son côté, inscrit ces questions d'infrastructure dans sa vision à long terme du développement Nantais. 

Il plaide pour une planification du rayonnement de Nantes sur les quinze à vingt prochaines années, incluant le réaménagement de l'aéroport actuel, un nouveau franchissement de la Loire et l'amélioration de l'infrastructure ferroviaire. "Comment expliquer que Rennes est à 1h28 de Paris et Bordeaux à 2h00 ?", interroge-t-il, pointant les retards d'investissement qui pénalisent l'attractivité nantaise.

Vision économique : l'entreprise au cœur du débat

Candidat Bainvel : les collectivités au service des entreprises

La philosophie économique de Julien Bainvel se résume en une formule claire : "L'entreprise joue un rôle majeur. C'est elle qui crée de la richesse." Cette conviction le conduit à prôner un renversement de perspective dans l'action publique locale. 

Plutôt que de contraindre ou de réglementer, les collectivités doivent selon lui devenir "facilitatrices" et "accompagner un certain nombre de projets".

Cette approche libérale assumée s'enracine dans le constat des difficultés rencontrées par les commerçants nantais. Il plaide pour une politique municipale plus attentive aux réalités économiques du terrain.

Candidat Chombart de Lauwe : la critique de la dépense publique

Foulques Chombart de Lauwe développe une critique plus systémique de la gestion publique, s'appuyant sur un principe simple : "L'argent public n'existe pas, il n'y a que l'argent du contribuable." Cette philosophie budgétaire rigoureuse l'amène à dénoncer "la dispersion dans l'action publique à Nantes" et à exiger que "les Nantais en aient pour leurs deniers".

Sa critique dépasse le cadre local pour s'inscrire dans une réflexion plus large sur le rôle de l'État. Citant Pompidou - "Qu'on arrête d'emmerder les Français" -, il plaide pour une libération des énergies entrepreneuriales, estimant que la valeur est créée "essentiellement par les entreprises et par les salariés", et non par les collectivités.

Cette vision se traduit par une volonté de recentrage sur les fonctions essentielles de la collectivité : éducation avec un retour aux fondamentaux, urbanisme pour créer un espace de vie agréable, et écologie assumée mais sans contraintes excessives.

Sécurité et qualité de vie : priorités partagées, méthodes différentes

Chombart de Lauwe fait de la sécurité sa priorité absolue

Pour Foulques Chombart de Lauwe, la sécurité constitue le chantier prioritaire de tout futur mandat. "Nous aurons un chantier évident autour de la sécurité afin que les gens voient tout de suite les choses changer", annonce-t-il, proposant un "package de mesures" destiné à rassurer immédiatement les Nantais.

Son diagnostic est sans appel : "Quand on craint pour sa sécurité et que l'on déambule dans le centre-ville de Nantes la boule au ventre, on n'y vient plus." Cette analyse l'amène à proposer des solutions concrètes et immédiates : éclairage renforcé aux horaires nocturnes, augmentation de la présence policière, installation de caméras de surveillance, et création d'une brigade anti-tags inexistante à Nantes.

Bainvel intègre la sécurité dans une approche globale

Julien Bainvel, sans minimiser les enjeux sécuritaires, les intègre dans une vision plus large de l'attractivité urbaine.

Il pointe notamment les dysfonctionnements qui affectent l'efficacité des services d'urgence, contraints de naviguer dans une ville où les aménagements urbains compliquent leurs interventions. "Une seule minute de plus, c'est 10% de chance de survie en moins", rappelle-t-il, soulignant l'urgence d'une révision du plan de circulation.

Les terre-pleins centraux disposés aux arrêts de bus empêchent les véhicules de secours de dépasser les transports en commun à l'arrêt augmentant leur temps d'intervention et amoindrissant les chances des patients.

Écologie : deux droites, deux approches environnementales

Foulques Chombart de Lauwe, "l'écolo de droite"

L'originalité de Foulques Chombart de Lauwe réside dans sa revendication d'être un "écolo de droite"

Cette position, apparemment paradoxale, s'enracine dans une critique de la méthode plutôt que des objectifs environnementaux. 

Il reproche à Johanna Rolland de mettre "les contraintes avant les solutions", plaidant pour une approche plus pédagogique et consensuelle.

Sa vision consiste à faire de Nantes "une ville championne en matière de développement durable et de lutte contre le changement climatique" sans que cela se fasse "au détriment de son rayonnement ou au détriment de la qualité de vie de ses habitants". Cette synthèse entre impératifs écologiques et réalités économiques constitue l'un des axes les plus originaux de sa candidature.

Julien Bainvel privilégie le pragmatisme environnemental

Julien Bainvel adopte une approche plus traditionnelle, privilégiant les solutions techniques aux déclarations d'intention. 

Sa proposition concernant le périphérique illustre cette méthode : plutôt que de subir les conséquences du changement climatique, il propose d'anticiper et d'investir massivement dans l'adaptation des infrastructures.

Commerce et centre-ville : un enjeu consensuel

Sur la revitalisation du centre-ville, les deux candidats convergent dans le diagnostic tout en proposant des solutions complémentaires. Tous deux pointent les difficultés d'accessibilité - "C'est un enfer pour entrer dans Nantes", résume F. Chombart de Lauwe - et l'impact désastreux des travaux mal coordonnés sur l'activité commerciale.

J. Bainvel insiste sur la nécessité d'une meilleure séquence des chantiers et d'une révision globale du plan de circulation. F. Chombart de Lauwe complète cette approche en proposant des mesures incitatives comme la gratuité du stationnement P+R pour les clients du centre-ville, démontrant une compréhension fine des mécanismes économiques urbains.

Quel serait le meilleur maire pour Nantes ?

Au terme de cette analyse comparative, la question du meilleur candidat pour Nantes révèle deux profils aux atouts complémentaires mais aux approches radicalement différentes.

Les atouts de Julien Bainvel

Julien Bainvel présente indéniablement le profil le plus consensuel et le mieux armé pour rassembler au-delà de la droite traditionnelle. Sa capacité à fédérer l'ensemble de l'arc de droite et du centre, attestée par ses soutiens actuels, constitue un atout majeur dans une ville où la gauche reste majoritaire. Son expérience administrative et sa connaissance des rouages institutionnels lui confèrent une crédibilité technique indéniable.

Sa vision pragmatique des enjeux urbains, illustrée par ses propositions sur le périphérique ou les transports, témoigne d'une capacité à dépasser les clivages partisans pour proposer des solutions concrètes. Cette approche pourrait séduire un électorat nantais traditionnellement méfiant vis-à-vis des positions trop tranchées.

Les forces de Foulques Chombart de Lauwe

Foulques Chombart de Lauwe incarne quant à lui l'alternative authentique pour les électeurs en quête de renouvellement. Sa capacité à "casser les codes" et son positionnement de rupture pourraient mobiliser un électorat déçu par les compromissions politiques traditionnelles. Son approche directe des problèmes, notamment en matière de sécurité, répond à des préoccupations concrètes des Nantais.

Son originalité réside dans sa synthèse entre écologie et droite assumée, une position qui pourrait séduire des électeurs sensibles aux enjeux environnementaux tout en conservant des valeurs conservatrices. Sa vision à long terme du développement Nantais témoigne d'une ambition politique qui dépasse les enjeux de court terme.

Le verdict des urnes

In fine, le choix entre ces deux candidatures révèle deux conceptions de l'action politique. J. Bainvel mise sur l'efficacité du rassemblement et la force des compromis, quand F. Chombart de Lauwe privilégie l'authenticité du message et la clarté des positions.

Dans un contexte où Nantes reste un bastion socialiste difficile à conquérir, la stratégie la plus payante pourrait bien être celle qui parviendra à mobiliser le plus largement, tout en conservant une identité politique claire.

La primaire du 30 et 31 août révélera quelle vision de la droite Nantaise séduira les 800 adhérents appelés à voter. 

Cependant, au-delà de ce scrutin interne, c'est bien la capacité de l'élu à incarner une alternative crédible face à Johanna Rolland qui déterminera l'issue des municipales de 2026. 

Dans cette perspective, les deux candidats présentent des atouts réels mais différents, laissant ouvert le suspense de cette primaire aux enjeux cruciaux pour l'avenir de la droite Nantaise.