L’économie Russe est-elle en difficulté après 3 années de guerre ?

Après plus de 3 ans de guerre contre l’Ukraine, l’économie Russe ne se porte pas si bien en cette année 2025. En effet, de nombreux indicateurs économiques semblent révéler une situation économique de plus en plus compliquée. Une croissance qui ralentit et un déficit bien plus élevé que prévu : la situation économique de la Russie se révèle particulièrement instable. Voyons la situation plus en détail.

Économie Russe : une entrée en récession ?
Les chiffres de la croissance Russe
Rosstat, l’agence statistique de l’État Russe, indique que la croissance annuelle n’a atteint que 1,4 % au premier trimestre 2025 alors que les économistes prévoyaient une croissance comprise entre 1,7 et 1,8 %. Il s’agit de son plus faible niveau depuis le deuxième trimestre 2023 et cela représente un recul net de 4,5 % par rapport au premier trimestre 2025.
« La Russie est au bord de la récession », a même alerté Maxim Rechetnikov, le ministre de l’économie Russe.
D’après le Stockholm Institute of Transition Economics (SITE), le passage de la Russie à une économie de guerre devrait être « insoutenable » à long terme. En effet, si l’économie Russe semble stable en apparence, ces années de guerre l’essoufflent. Des déséquilibres et des faiblesses structurelles deviennent de plus en plus visibles.
Les causes d'une économie Russe en difficulté
Plusieurs causes sont à l’origine de l’essoufflement de l’économie Russe. Il s’agit d'abord de souligner une inflation élevée. Celle-ci cause une hausse du prix des produits de première nécessité, comme les pommes de terre qui ont vu leur prix multiplié par trois en un an.
En cause également les sanctions occidentales. Dernièrement, le 20 mai 2025, l'Union européenne et le Royaume-Uni ont lancé un nouveau train de sanctions ciblant l'infrastructure de guerre de la Russie. Ces sanctions ont notamment pour objectif de cibler les nouveaux pétroliers fantômes utilisés par la Russie pour contourner les sanctions, ceci afin de perturber les chaînes d'approvisionnement du pays en matériel militaire et d’affecter leurs sources de revenus.
A cela s’ajoutent les faibles prix du pétrole. La Russie est dépendante de l’exportation d’énergie. Or, les revenus du pétrole et du gaz diminuent. En mai 2025, ils se sont effondrés à leur plus bas niveau depuis novembre 2022, soit 30 % de baisse sur un an et 45 % par rapport à décembre 2024. Cette baisse s’explique par le coût des mesures mises en œuvre pour contourner les sanctions occidentales : rabais important sur le baril d’Urals et contournement logistique du régime de sanctions via la flotte fantôme. A cela s’ajoutent des livraisons vers la Chine et l’Inde en berne ainsi que la refonte fiscale appliquée au secteur extractif qui a réduit les recettes de 18 % en cinq mois.
Forte montée du rouble : une bonne nouvelle ?
La chute des prix du pétrole et l’entrée en récession économique n’affaiblissent pas le rouble qui continue de se renforcer. Le taux directeur du rouble a atteint 20 %, gagnant ainsi plus de 40 % par rapport au dollar depuis le début de l’année 2025.
Pourquoi le rouble est-il fort ?
Voici les explications de la Banque Centrale Russe pour expliquer la force de la monnaie Russe :
1. Un taux d’intérêt directeur relevé à plusieurs reprises pour maîtriser l'inflation ;
2. Le développement du carry trade qui consiste à emprunter des euros à des taux d’intérêt bas, de les convertir en roubles afin de les placer ;
3. De l'optimisme sur la possible fin des sanctions internationales suite à des pourparlers avec l’Ukraine ;
4. le contournement des difficultés liés au système de paiement.
Quels sont les risques d’une monnaie forte pour la Russie ?
Une monnaie forte devrait être un bon point pour le pays. En effet, un rouble en hausse garantit aux consommateurs un meilleur niveau de vie et constitue un avantage pour les entreprises qui dépendent des importations.
Pourtant, la hausse du rouble ne constitue pas nécessairement un point positif pour l’ économie Russe. En effet, la chute du prix du pétrole et la hausse du rouble ont entraîné une diminution de 14 % des recettes énergétiques du pays, aggravant le déficit budgétaire Si une monnaie forte constitue un avantage pour les importations, c’est l’inverse pour les exportations, qui ont chuté.
Budget Russe 2025 : un déficit trois fois plus élevé que prévu
Le déficit budgétaire devrait atteindre 1,7 % du PIB (produit intérieur brut) fin 2025, soit trois fois plus que prévu initialement dans la loi de budget. De nombreux experts estiment que l'économie russe est "en surchauffe". Les dépenses pour 2025 ont augmenté de 60 % par rapport à l’avant-guerre et de 22 % en un an, ceci afin d’investir dans la militarisation. Si la dette ne semble pas si importante au regard d’autres pays, comme les États-Unis, la Russie connaît des conditions de financement fragiles, un manque de crédibilité et d’accès aux marchés financiers. Le financement du déficit tourne de plus en plus en circuit fermé (Fonds national du bien être, banques publiques, Banque centrale ).
D’ailleurs, jusque-là l’économie Russe tenait grâce aux réserves financières constituées depuis 25 ans grâce aux hydrocarbures dans le fonds national du bien être (FNB). Ces réserves sont passées de 114 milliards de dollars à 38 milliards en seulement 3 ans de guerre. Le FNB pourrait même se trouver vide dès fin 2026. Or, ce fond permettait d’équilibrer le budget fédéral.

La défense et la sécurité représentent désormais 40 % des dépenses fédérales alors que les investissements d’infrastructure sont en recul de 7 %. Les recettes servent à un besoin immédiat lié à la guerre, privant le pays d’investissement pour l’avenir.
Enfin, si les recettes ont augmenté, c’est avant tout grâce à une augmentation des impôts. Entre janvier et mai 2025, les revenus fiscaux ont augmenté de 20 %, mais derrière ce bond, il y a l’inflation, au niveau de 6,8 %. De plus, le gouvernement procède à un véritable matraquage fiscal : passage forcé de nombreux auto-entrepreneurs au statut d’IP avec cotisations sociales pleines, instauration d’un impôt sur les super-profits, mise en place d’un impôt progressif sur les revenus, contrôles fiscaux plus musclés. Entre autres.
En résumé, l’économie de la Russie est dépendante de ses recettes fiscales et d’une rente pétrolière qui s’essouffle. Plus de 40 % des dépenses sont accaparées par la défense et la sécurité, et ne permettent plus l’investissement. Le Kremlin tire sur la corde, pour combien de temps encore ?
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