Au premier trimestre 2026, les ETI françaises réduisent leurs embauches et l'apprentissage pour préserver leurs investissements face à une conjoncture tendue.
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Au premier trimestre 2026, les Entreprises de Taille Intermédiaire françaises (rapport Trendeo/METI) font face à une conjoncture économique tendue. Elles réduisent embauches et apprentissages pour préserver leurs investissements. Le solde net d'emplois recule de 32% et l'industrie perd 288 postes. Cette situation pousse certains projets hors de France.

Choc : l'emploi et l'apprentissage reculent

Au premier trimestre 2026, les indicateurs de l'emploi des ETI se détériorent nettement. ETI (entreprises de taille intermédiaire) désigne les sociétés entre PME et grandes entreprises. Le solde net d'emplois créés chute de 32 % par rapport au quatrième trimestre 2025. Dans l'industrie, la perte nette atteint 288 postes. Ce repli marque une rupture pour un secteur longtemps porteur d'emplois productifs.

L'apprentissage subit un coup dur. Apprentissage (formation en alternance entre entreprise et établissement) reste la voie principale de transmission des compétences. Plus de 70 % des ETI ont réduit leurs recrutements d'apprentis en 2026 versus 2024. Cette baisse menace la continuité des savoir-faire industriels. Elle interroge la capacité des filières à renouveler leurs talents.

Frédéric Coirier, PDG du groupe Poujoulat et co-président du METI, résume : "Même si les ETI continuent d’afficher un vrai volontarisme, notamment en faveur de leurs salariés, elles font face à une équation qui se complique de plus en plus. Celle-ci menace en premier lieu l’emploi, qui n’est plus la priorité absolue dans leur feuille de route."

Le contexte économique a changé depuis 2009-2016. À l'époque, défendre l'emploi était l'impératif. Aujourd'hui, les ETI arbitrent différemment : préserver des investissements stratégiques plutôt que d'embaucher. Ce modèle d'affaires (façon dont une entreprise crée de la valeur) se transforme profondément. Les dirigeants priorisent la capacité à investir sur le long terme.

Investissements : une façade trompeuse

Les chiffres donnent une image contradictoire. Investissement (dépenses pour augmenter ou moderniser la capacité) reste élevé dans les déclarations. 72 % des ETI ont engagé ou prévoient un projet de croissance organique. Le deuxième trimestre affiche un rebond global de 81 %. Mais la photographie cache des disparités.

La hausse repose surtout sur des opérations exceptionnelles. Méga-projets (investissements supérieurs à 500 millions d'euros) portent l'essentiel de la progression. Si l'on retire ces chantiers, l'investissement recule de 9 % par rapport à la moyenne des trois dernières années. La dynamique réelle des projets courants s'affaiblit.

Les fondamentaux financiers se dégradent à l'échelle des ETI. Trésorerie (liquidités disponibles pour couvrir les dépenses) et rentabilité fléchissent de façon notable. Près de la moitié des ETI signale une baisse de trésorerie et 50 % constate une érosion de sa rentabilité. Cette double tension contraint les choix stratégiques des dirigeants.

Nathalie Bulckaert-Grégoire, directrice générale déléguée de Palatine, explique : "En maintenant des enveloppes d’investissements d’au moins 10 millions d'euros, les dirigeants d’ETI font le choix stratégique de l'attaque plutôt que de la défensive. Cela traduit une volonté claire de se positionner sur des segments clés, malgré l'environnement économique tendu."

Ce volontarisme masque parfois des arbitrages à court terme. Les ETI favorisent les projets à forte visibilité technologique. Décarbonation (réduction des émissions de carbone) et intelligence artificielle attirent les ressources. En revanche, les projets organiques, souvent plus créateurs d'emplois locaux, sont mis de côté.

Projets qui fuient et souveraineté fragilisée

La localisation des investissements évolue. Délocalisation (transfert d'activités vers l'étranger) touche désormais des projets initialement prévus en France. Selon le METI, une entreprise sur trois a arrêté, suspendu ou réorienté un projet vers un autre pays européen. Ce phénomène affaiblit l'attractivité du territoire.

Les mouvements de capitaux s'accélèrent au sommet des bilans. Rachat (opération par laquelle une entreprise est achetée) a concerné 16 ETI au premier trimestre 2026. Cinq de ces opérations impliquent des capitaux étrangers. Ces transactions nourrissent l'inquiétude autour de la maîtrise nationale d'actifs industriels clés.

Le METI alerte : "Il est impératif de desserrer l’étau des contraintes qui pèsent sur les ETI : renoncer à tout nouvel alourdissement du coût du travail, poursuivre la baisse de la fiscalité de production, afin de stabiliser la situation et éviter une hémorragie stratégique."

La fuite de projets et la montée des acquisitions étrangères interrogent la souveraineté industrielle. Souveraineté (capacité d'un pays à garder le contrôle de ses secteurs stratégiques) s'érode quand les actifs quittent le territoire. La capacité de la France à piloter sa relance industrielle se trouve mise à l'épreuve.

Quel pari pour l'avenir ?

Les ETI se tiennent à un carrefour délicat. Elles misent sur l'investissement pour sécuriser leur avenir technologique et écologique. Transition écologique (processus visant à réduire l'impact environnemental de l'économie) devient une priorité des budgets. Ce choix se fait souvent au détriment de l'emploi industriel et de l'apprentissage.

Ce basculement s'explique par plusieurs contraintes. La hausse des coûts, la pression fiscale et l'instabilité réglementaire forcent des arbitrages. Fiscalité (ensemble des impôts et taxes pesant sur l'activité) pèse sur la compétitivité des entreprises. Sans mesures adaptées, le tissu productif risque de se contracter.

À long terme, l'option retenue comporte des risques pour l'économie nationale. Désindustrialisation (perte progressive d'activités industrielles sur un territoire) et dépendance au capital étranger fragilisent la souveraineté. Les pouvoirs publics doivent agir pour restaurer l'attractivité : fiscalité ciblée, soutien aux investissements locaux et politiques d'emploi qualifié.

Sans une mobilisation politique forte et coordonnée, la stratégie adoptée par les ETI pourrait se retourner contre l'avenir industriel et social de la France. Il faut concilier ambition technologique et préservation des emplois sur les territoires.

Sources