Déserts médicaux : comment trouver un médecin près de chez soi ?

La situation dans les déserts médicaux s'aggrave. Quelles sont les causes et les conséquences de la pénurie de médecins ? Comment le gouvernement tente-t-il d'agir pour limiter les zones sous-dotées ?
Actualité

De nombreux Français ne trouvent plus de médecin traitant et doivent attendre des mois pour obtenir un rendez‑vous chez le dentiste ou chez un spécialiste. Depuis plusieurs décennies, nous assistons à une aggravation continue de la désertification médicale. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le nombre total de médecins actifs de moins 70 ans continuera à stagner, voire à diminuer au moins jusqu’en 2030. Quels sont les territoires les plus touchés par les déserts médicaux ? Quelles mesures compte prendre le gouvernement pour éviter le pire ? 

 1- Qu’est-ce qu’un désert médical ? 

Les déserts médicaux répondent à la définition suivante : il s’agit de zones sous-dotées en médecins généralistes voire spécialistes. Dans ces espaces, le nombre de professionnels de santé pour 100 000 habitants étant faible, les délais d’accès aux soins s’allongent. Le désert médical désigne une réalité à la fois spatiale (manque de médecin sur un territoire) et temporelle (allongement du délai de prise en charge).

Les chiffres parlent d’eux même. En 2024‑2025, 6 à 8 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. 87 % du territoire est concerné par les déserts médicaux

87 % du territoire est concerné par les déserts médicaux

Pour les 10 % de la population habitant dans des territoires où l’offre de soins est la plus insuffisante, il faut 11 jours pour obtenir un rendez‑vous avec un généraliste et 93 pour un gynécologue. Le temps d’attente atteint même 189 jours pour consulter un ophtalmologue.

2- Quels sont les territoires considérés comme des déserts médicaux en France ?

Carte des déserts médicaux.webp

Les déserts médicaux sont notamment liés à une évolution de la répartition de ces médecins et à leur concentration croissante. La moyenne française est de 339 médecins en activité pour 100 000 habitants dont 150 généralistes, notamment dans les grandes villes.

Départements les plus touchés par les déserts médicaux

Par exemple, le nombre de généralistes à Paris est de 635 pour 100 000 habitants. 

En comparaison, le nombre de généralistes pour 100 000 habitants est inférieur à 100 dans l’Eure, la Seine-et-Marne et l’Eure-et-Loir. Mayotte ne dispose que de 49 généralistes pour 100 000 habitants, ce qui en fait le désert médical le moins bien doté au niveau départemental.  

En termes d’accès aux soins, les inégalités entre les territoires sont flagrantes et elles continuent de s’aggraver. 

Evolution des déserts médicaux.webp

Dégradations récentes (2014–2023) 

73 départements ont perdu des médecins, certains jusqu'à moins 5 médecins pour 10 000 habitants comme le Lot et les Hautes‑Pyrénées.

Entre 2010 et 2024, selon le Conseil National de l’Ordre des médecins, la densité médicale est en hausse dans 31 départements mais en baisse dans les 69 autres.

Par exemple, le nombre de médecins par habitant en Creuse a diminué de 31 % tandis qu’il a augmenté de 16 % dans les Hautes‑Alpes.

3- Pourquoi ne trouve-t-on plus de médecins dans certains territoires ?

Quelles sont les causes des déserts médicaux ?

Vieillissement de la population médicale en France.png

Les déserts médicaux ne se sont pas créés en un jour. Il s’agit d’un contexte systémique dû au manque de médecins d’une part et à une installation inégalitaire sur le territoire d'autre part.

Le manque de médecin s’explique par les causes suivantes : vieillissement de la population médicale avec départs massifs à la retraite non remplacés, peu de jeunes médecins formés suite au Numerus clausus restrictif appliqué pendant plusieurs décennies (supprimé en 2020). Ainsi le nombre de médecins actifs stagne malgré l’augmentation de la population.

Ensuite, l’inégale répartition géographique des médecins favorise les zones urbaines. Les zones rurales souffrent d’une attractivité moindre car les médecins y rencontrent souvent une charge de travail plus importante, souffrent d’isolement et d’un manque d’infrastructures.

Alors que le nombre de médecin stagne, les besoins de soins liés au vieillissement général de la population augmentent.    

Quelles sont les conséquences  pour les patients ?

Les déserts médicaux entraînent des délais d’attente prolongés, pouvant aller jusqu’au renoncement pur et simple aux soins, notamment pour les pathologies jugées non urgentes.

Ils favorisent également un nomadisme médical, obligeant certains patients à se déplacer régulièrement sur de longues distances pour obtenir une consultation ou un suivi spécialisé. Les patients accumulent des frais supplémentaires, de la fatigue et souvent, un retard de diagnostic donc une perte de chance, surtout pour les plus précaires financièrement.

Face au manque de médecins disponibles et les difficultés croissantes pour s’inscrire auprès d’un nouveau médecin traitant , on observe aussi un report des consultations vers les services d’urgences, engorgeant ces lieux pour des cas pas toujours ... urgents. Ce report vers des hôpitaux déjà saturé fait peser un risque réel de rupture du service public de santé dans les zones désertées. 

4-Pourquoi ne trouve-t-on plus de médecins dans certains territoires ?

Depuis plusieurs années, le grave problème des déserts médicaux fait l'objet de mesure pour tenter de mieux équilibrer l'offre médical sur l'ensemble de la France, métropole comme DOM/TOM. Voici les mesures déjà prises ou en cours d'étude :  

Proposition de loi pour lutter contre les déserts médicaux  

La proposition de loi adoptée en première lecture par le Sénat le 13 mai 2025 contient plusieurs mesures reprenant des recommandations de rapports sénatoriaux de mars 2022 et novembre 2024.  

Elle prévoit notamment d'encadrer l'installation des médecins, généralistes comme spécialistes et d'organiser leur solidarité dans les déserts médicaux. Actuellement, les médecins bénéficient d’une complète liberté d’installation. Or, la proposition de loi prévoit de conditionner l'installation des médecins libéraux et salariés à l‘obtention d’une autorisation de l'ARS. Ainsi, un médecin généraliste désirant ouvrir un cabinet dans une zone en surdensité devra obligatoirement exercer en parallèle dans une zone sous-dotée. L'installation des médecins spécialistes dans une zone bien dotée sera conditionnée au départ d'un confrère dans la même spécialité et la même zone. Ce principe s'applique déjà à la plupart des autres professions de santé, notamment les chirurgiens-dentistes depuis 2023.

Cependant, le communiqué de l’ordre des médecins en date du 26 mars 2025 et les manifestations qui ont eu lieu au printemps sont claires : les médecins refusent de voir fondre leur liberté d’installation. Pour eux, la régulation ne résoudra pas la pénurie. Les médecins estiment que le problème majeur est le déclin de la démographie médicale et non pas l'absence de régulation à l'installation puisque 87% du territoire peut-être qualifié de désert démographique.    

L’importance de former plus de jeunes médecins pour anticiper les départs à la retraite et renforcer l’offre de soin est entendu. En effet, le numerus apertus, mis en place en 2020 pour réguler les entrées en deuxième année des études de santé a disparu le 17 juin 2025. Il avait remplacé le numérus clausus. Cela signifie que les quotas fixés par les universités ou les agences régionales de santé pour réguler les admissions en deuxième année sont supprimés. La suppression du numerus apertus vise à rapatrier les étudiants partis à l'étranger après leur première année.

Envoi de médecins en zones désertiques

Le ministre de la Santé, Yannick Neuder, a présenté une carte répertoriant 151 zones médicalement sous-dotées. Ces territoires souffrent d’un manque important de médecins généralistes.

À partir de septembre 2025, une aide spécifique sera mise en place pour y améliorer l’accès aux soins. Sur la base du volontariat, des médecins généralistes se rendront dans ces zones jusqu’à deux jours par mois.

Incitations locales dans les déserts médicaux

Les territoires sous-dotés mettent en place des stratégies pour attirer les jeunes médecins dans leurs zones.  

La plate-forme Accueil Médecins Aveyron propose un programme combinant aide à l’hébergement, coaching sportif offert et une équipe consacrée aux jeunes médecins. Avec ce programme, la région parvient à conserver 9 % de ses internes, contre 1 % en moyenne dans les territoires ruraux.

Des aides financières permettent d’attirer des étudiants en stage comme le contrat d’engagement au service public (CESP) qui est une bourse de 1200 € brut par mois versée aux internes en médecine qui s’engagent à exercer en zone fragile ou déficitaire pour au moins deux ans. Le contrat régional d’exercice sanitaire (CRES) permet aux étudiants de recevoir une allocation de 1000 € par mois pendant leurs deux dernières années d’études à conditions d’exercer dans une zone fragile ou déficitaire pendant au moins trois ans et d’appliquer les tarifs conventionnels secteur 1.

D’autres aides à l’installation visent à attirer de jeunes médecins ou des médecins confirmés comme :

  • Le contrat de début d’exercice : permet de compléter les revenus du praticien la première année d’exercice à condition d’exercer au moins 5 demi-journées par semaine dans les zones sous dotées ;
  • Le contrat d’aide à l’installation des médecins (CAIM) : incite les praticiens à s’installer en groupe de médecins dans un désert médical et à exercer au mois 2,5 jours par semaine dans cette zone pendant 5 ans pour obtenir une aide forfaitaire (de 50 000€ pour 4 jours d’exercice à 31 250€ pour 2,5 jours par semaine) ;
  • Le contrat de solidarité territoriale médecin : vise à favoriser les remplacements dans les désert médicaux en octroyant une une aide annuelle de 25% des honoraires perçus en zone « fragile »  dans la limite de 50 000 € par an.

Ces incitations financières ne suffisent pas pour attirer les médecins en zone sous-dotées. Le gouvernement prépare donc des mesures coercitives quand l’ordre des médecins estime qu'une telle obligation serait contre-productive. L'ordre estime que l'effort doit être mis sur la formation des jeunes médecins. 

Conclusion 

La désertification médicale reste un défi complexe qui ne pourra être résolu du jour au lendemain. Si les politiques publiques jouent un rôle crucial, leur efficacité dépend aussi largement de l’engagement du corps médical. La position de l'ordre des médecins montre bien que sans une adhésion volontaire des professionnels de santé, les mesures resteront limitées dans leur portée. Seule une approche collective et durable permettra de rétablir un accès équitable aux soins sur tout le territoire.

📷 Images : Tessan, UFC Que choisir, geoconfluences.ens-lyon.fr
📝 Sources : Directement intégrées par des liens dans le texte de l’article.