Pourquoi la France a-t-elle colonisé l'Algérie ?

En 1830, la France débarque en Algérie. Quelles sont les raisons à l'œuvre de la colonisation de ce territoire ?
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En 1830, la France lance une expédition militaire contre la Régence d’Alger menant à la colonisation du territoire

La colonisation est souvent présentée par la France comme une réponse à un incident diplomatique, mais il existe en réalité plusieurs causes à l’origine. Dans cet article, nous récapitulerons le contexte avant de passer en revue les causes officielles à cette expédition militaire, puis les motivations politiques, économiques et stratégiques à l’œuvre. 

Nous nous intéresserons également aux éclairages donnés par les historiens algériens sur la question de la colonisation de l’Algérie. 

Qui occupait l'Algérie avant 1830 ?

Avant l’intervention de la France en 1830, le territoire qui allait devenir l'Algérie était une province sous régence ottomane depuis 1587. Celle-ci bénéficiait toutefois d’une grande autonomie.

Les populations, diverses, étaient généralement affiliées à des tribus et encadrées par des confréries religieuses, le tout sous l’autorité d’un pouvoir militaire exercé par le dey, ses bey et contrôlé par la milice des janissaires. Le dey était le chef de la régence de l'Algérie turque entre 1671 et 1830. Il avait sous ses ordres les trois beys d'Oran, de Médéa et de Constantine, hauts fonctionnaires dirigeants les pays occupés par l'Empire ottoman.

Les Ottomans ont délimité le futur territoire algérien par des frontières bien définies avec la Tunisie et le Maroc. Cependant, ce n’était pas une colonisation à proprement parlé car les Ottomans ne se sont jamais assimilés aux populations arabo-berbères.

En effet, les Turcs qui vivaient en Algérie étaient uniquement les dirigeants de la régence et les militaires. Quelques janissaires, ces soldats des milices ottomanes, ont épousé des femmes indigènes mais ces unions n’étaient pas le norme. Au contraire, les Turcs sont restés une communauté distincte des peuples vivant en Algérie. Il s’agissait plus d’une présence militaire que d’une réelle domination coloniale. Les Turcs ne sont pas implantés durant la régence. 

A partir de 1830, en revanche, une autre conquête commença, celle de la colonisation Française. Pourquoi la France est-elle intervenue dans la régence d’Alger ? Il y a les causes officielles et les raisons plus officieuses.

Les causes officielles de la colonisation de l’Algérie par la France en 1830

L’« affaire du coup d’éventail »

L'affaire de Bachri-Busnach est aussi appelée couramment « affaire de l'éventail » ou « affaire du coup d'éventail ». Elle est considérée comme l'une des causes de l'invasion française de la Régence d'Alger. Cet évènement est né, à l’origine, d’un conflit commercial avant de se terminer par un incident diplomatique. Le conflit entre la France et la Régence d'Alger remonte au début du XIXe siècle et concernait les obligations de la France envers une société commerciale détenue par les familles juives algériennes de Bachri et Busnach. Les dettes de la France envers la famille Bachri-Busnach étaient en réalité des dettes envers la régence, menant à un conflit économique entre les deux pays.

En revanche quel lien avec un éventail ? Le 30 avril 1827, le souverain Algérien Hussein Dey demande publiquement au consul de France si son pays a l’intention de procéder au règlement de la dette. Selon les historiens, la réponse négative du consul aurait à ce point énervé le Dey qu’il frappa le consul de France avec le manche d'un chasse-mouches. L’absence d’excuse publique de la part de la Régence d’Alger a entraîné des mesures punitives de la part de la France, avant que celle-ci n’envahisse le territoire en 1830.

Pour l’historien spécialiste de la vie politique et de l'histoire de l'Algérie, Mohammed Harbi, décédé le 1er janvier 2026, cet événement n’est qu’un prétexte, instrumentalisé pour justifier une décision déjà envisagée pour des raisons bien différentes.  

La volonté de la France de sécuriser la méditerranée

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Depuis 1827 et le coup de l'éventail, la France se considérait en guerre avec le dey et bloquait le port d’Alger.

C’est alors qu’une seconde raison a été avancée pour justifier la conquête de l’Algérie. Il s’agissait de la « lutte contre la piraterie barbaresque », selon le discours de la France. Ce terme identifiait les pirates et corsaires musulmans maghrébins et ottomans qui opéraient depuis les ports d’Afrique du Nord, dont le port d’Alger. Ces pirates ont capturé de nombreux navires chrétiens et attaqué les villages côtiers de l’Espagne, de la France et de l’Italie, réduisant bien souvent leurs prisonniers en esclavage. On estime le nombre d’Européens concernés à environ 1 250 000.

Ce discours a servi à légitimer moralement l’intervention. Or, si ce fut un réel problème par le passé, ces rafles avaient déjà quasiment cessé en 1830. En effet, après le bombardement d’Alger par les forces anglo-néerlandaises en 1816, le dey d’Alger avait accepté d’abandonner la pratique de l’esclavage des chrétiens.  La conquête de l'Algérie par la France n’y a mis un terme … qu’officiellement.  Il s’agissait pour la France d’un autre prétexte politique pour faire accepter cette guerre déjà décidée.

Daho Djerbal, maître de conférences en histoire de l'Algérie contemporaine , considère cette justification comme relevant d’un discours colonial déshumanisant, destiné à présenter la conquête comme une mission civilisatrice

Les motivations sous-jacentes de la colonisation de l’Algérie

Si les évènements sus-cités ont probablement servi d’éléments déclencheurs, les historiens avancent d’autres motivations à la colonisation de l’Algérie par la France.

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Une guerre en Algérie pour renforcer le prestige de la France

En 1827, le roi Charles X est en difficulté politique. La guerre permet de détourner l’attention de la population et de renforcer le prestige du régime. 

En effet, la conquête de l’Algérie s'inscrivait dans une tentative de restaurer l'autorité royale, sous prétexte de se débarrasser des pirates barbares en Méditerranée. Le roi commença à préparer son expédition à la mi-décembre de 1829. Celle-ci avait pour objectif de conquérir l'Algérie. La France a mené son assaut à travers la Méditerranée, avec l'accord des puissances européennes. Cette guerre avait des airs de croisades chrétiennes contre les musulmans «infidèles», ce qui plaisait assez aux autres pays chrétiens d’Europe.

Le roi Charles X choisit le comte Louis de Bourmont en tant que «commandant en chef de l'expédition en Afrique», alors qu’il officiait en tant que ministre de la Guerre dans le gouvernement Polignac.

La conquête d’Alger débute par le débarquement de l'armée à Alger le 14 juin 1830. Lors du débarquement, les Français ont chassé les Turcs. En revanche, ils ont eu affaire aux chefs locaux qui n'acceptaient pas cette incursion chrétienne sur leurs terres musulmanes.

Cette guerre avait été présentée comme une opération ponctuelle de sécurisation de la Méditerranée. Or, c’est une entreprise de colonisation qui se met en place, dans un contexte d’extrême violence sur les populations. Mohammed Harbi considère la conquête de l’Algérie comme une manœuvre de politique intérieure française. 

L’Algérie : un enjeu stratégique en Méditerranée

La colonisation de l’Algérie par la France doit permettre de renforcer sa présence en Méditerranée, rivaliser avec le Royaume-Uni et de s’inscrire dans la dynamique de l’impérialisme européen du XIXᵉ siècle. La Russie voyait également d’un bon œil cette invasion qui permettrait au pays de s’assurer la sécurité de navigation dans la méditerranée.

À l’époque, l’empire Napoléonien a pris fin et la France n’est plus en position de « grande puissance » en Europe et en Méditerranée. Une crise menaçant le pouvoir gronde en France. De plus, la flotte Anglaise détient une base stratégique majeure avec Gibraltar, située tout au sud de l’Andalousie. Ils peuvent ainsi contrôler toute la Méditerranée, qui constitue la « route des Indes ».

L’empire Turc, de son côté, fait face à la guerre d’indépendance grecque (1921-1929) qui entrainera son démembrement. Ainsi, la Régence d’Alger est devenue une possession délaissée de l’Empire Ottoman. Les Français ont le champ libre, soutenus par une grande partie des pays Européens.

Les historiens algériens rappellent que l’Algérie devient une colonie de peuplement, ce qui la distingue d’autres territoires colonisés. Une colonie de peuplement, par opposition à la colonie de comptoir ou d’occupation, est une colonie vers laquelle un État envoie sa population afin d'y établir une présence pérenne.

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L’Algérie : une terre pleine de promesses

Autre raison à l’invasion du pays : l’Algérie intéresse la France car celle-ci possède des terres agricoles fertiles et des ressources naturelles en plus d’une position stratégique pour le commerce. La colonisation française a commencé aussitôt après la prise d’Alger, le pouvoir colonial invitant des dizaines de milliers de Français à venir s'installer en Algérie

Après 1830, les terres sont confisquées au profit des colons européen, ceux-ci les achetant à bas prix aux ottomans. En 1841, Alexis de Tocqueville dénonçait déjà les spoliations dont étaient victimes les «indigènes». Cependant, cette conquête apparaissait à l'époque comme une nécessité pour maintenir la France dans son entreprise d'expansion coloniale.  

Les historiens Algériens Daho Djerbal et Abdelmadjid Merdaci décrivent la colonisation comme un système de dépossession, au cœur du projet colonial français. La dépossession va de pair avec un colonialisme de peuplement qui vise à bâtir une nouvelle société de colons sur les terres autochtones.  

Conclusion

À ce jour, les relations diplomatiques restent encore difficiles entre la France et l’Algérie alors que le pays a gagné son indépendance depuis 1962 (les accords d’Evian). 

La crise diplomatique entre la France et l’Algérie a connu en 2025 un pic historique. Celle-ci a débuté à l’été 2024, lorsque la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental

Ce changement de position de l’hexagone sur la question a été perçue par l’Algérie comme une remise en cause de son intégrité territoriale. L’Algérie a d’autant mal pris ce revirement compte de leur passé colonial.  Cette crise s’est soldée par des expulsions mutuelles de diplomates et le rappel de l’ambassadeur de France. 

Les relations entre la France et l’Algérie restent encore aujourd’hui marquées par un passé colonial complexe, source de difficultés diplomatiques persistantes. Le Président Tebboune a affirmé que le traitement de la question mémorielle était nécessaire pour un apaisement des relations franco-algériennes.