Publié le 21 juillet 2025
par Aurore Rimbod

Qu’est-ce que l’année blanche annoncée par François Bayrou ?

François Bayrou a évoqué la piste d'une année blanche pour réduire le déficit de la France. Qu'est ce que cela signifie concrètement ?
Actualité

Dans son discours du mardi 15 juillet 2025, François Bayrou a présenté les pistes du gouvernement pour le budget 2026. A la recherche de 40 milliards d’euro d’économie, l’heure est à l’austérité comme en témoigne les mesures envisagées et annoncées par le Premier Ministre, telles que la suppression de deux jours fériés ou une année blanche. Mais qu’est-ce que cette année blanche envisagée par l’exécutif ? Quelles seront ses conséquences sur les contribuables ? 

1- Constat : la France est dans une grave situation de surendettement 

Déficit public en France : une montagne de surendettement 

Le Premier ministre François Bayrou a alerté sur la situation catastrophique des finances publiques, évoquant "une montagne de dette accumulée".

François Bayrou a qualifié le déficit Français de «montagne de dette accumulée ». 

La loi de programmation des finances publiques pour 2023 à 2027 du 18 décembre 2023 prévoyait un déficit public équivalent à 4,4 % du PIB en 2024 avant de redescendre en dessous de 3 % du PIB : 3,7 % en 2025, 3,2 % en 2026 et enfin 2,7 % en 2027. 

Ce n’est hélas absolument pas la trajectoire empruntée par le déficit public pour 2024. En effet, il s’est finalement creusé pour s’élever à 5,8 % du PIB. En 2025, il est attendu un déficit public à 5,4 % du PIB

La dette s'accroît de 5.000 euros par seconde, s’établissant à plus de 3.300 milliards d'euros. 

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Les risques du surendettement d’un état 

Un État dont les comptes sont déficitaires doit rembourser ses dettes en réempruntant les sommes nécessaires et emprunter pour financer le déficit de l’exercice en cours. 

Cependant, lorsque l’endettement s’accroît, arrive un moment où les créanciers doutent de sa capacité à rembourser. Prenant alors un risque en continuant à souscrire à ses emprunts, pour se couvrir,  les créanciers ajoutent une prime de risque au taux d’intérêt, ce qui aggrave encore le déficit et la dette. C’est un cercle vicieux conduisant à une augmentation de la prime de risque, qui entraîne une augmentation de la dette, qui devient alors incontrôlable.

La dette publique française est en augmentation depuis 1978. Le déficit se creuse durant les périodes de crise, comme la crise sanitaire du Covid qui a vu un véritable dérapage des finances publics s’opérer, avant de se stabiliser puis de remonter lors de la crise suivante.

La loi de financement pour 2025 restait très insuffisante pour réduire le déficit. 

De ce fait, le premier ministre a annoncé une politique budgétaire visant 40 milliards d'euros d'économies afin de ramener le déficit à 4,6% du PIB en 2026, contre 5,8% en 2024. Sachant qu’en parallèle de ces économies, François Bayrou a annoncé une augmentation des dépenses militaires pour se préparer à une économie de guerre.

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Parmi les mesures annoncées pour réduire le déficit, celui du gel budgétaire 2026. Voyons en quoi consisterait cette année blanche.   

2- Un gel budgétaire en 2026 : vers une année blanche

En cas d’année blanche, l'État se fixe comme objectif de ne pas dépenser davantage à l'euro près en 2026 qu'en 2025.  Comment cela se traduit-il concrètement ? 

Année blanche dans les ministères

En 2026, les crédits alloués aux différents ministères devraient rester globalement équivalents à ceux de 2025.  A deux exceptions près : les dépenses liées à la défense qui vont augmenter dans un contexte de crise internationale et celles relatives au remboursement de la dette.

Le gouvernement prévoit par ailleurs une suppression de 3 000 postes dans la fonction publique l’an prochain, en appliquant le principe de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite. Certaines structures jugées peu efficaces seront également fermées, entraînant la suppression supplémentaire d’environ 1 000 à 1 500 emplois. Reste à savoir lesquelles et quelles seront les motivations ?   

Année blanche pour les prestations sociales

Certaines prestations sociales comme l’allocation adulte handicapée (AAH), le RSA (revenu de solidarité active) ou encore les pensions de retraite de régime général sont systématiquement revalorisées chaque année pour tenir compte de l’inflation. En cas d’année blanche, ces dépenses publiques serait plafonnées à leur niveau de 2025, permettant des économies à l’État.  

Concernant les retraites, les pensions de retraite devraient en théorie augmenter de 1,1 % au 1er janvier 2026 pour tenir compte de l’inflation. En cas d’année blanche pour les retraites, la perte de pouvoir d’achat serait donc équivalente à ce pourcentage pour tous les retraités mais pénaliserait plus les retraités les moins aisés. Ainsi, une autre piste est évoquée : la suppression de l’abattement de 10 %. Cette mesure rapporterait 4,5 milliards d’euros à l’État tout en impactant uniquement « les 15 % des retraités les plus aisés » selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Les retraités non imposables seraient épargnés. 

Une année blanche aurait également des conséquences pour les bénéficiaires du RSA. Le RSA devrait être revalorisé de 1,3 % au 1er avril 2026, d’après les projections de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Sans cette revalorisation, la perte serait de 15,13€ par mois pour un couple avec un enfant ou une famille monoparentale avec deux enfants. 

Année blanche pour les impôts

Le taux de prélèvements obligatoires s’élève à 45,6 % du PIB en 2023 en France, selon les chiffres de l’INSEE. L’hexagone se place au-dessus de l’Allemagne, dont le taux de prélèvement s’établit à 40,3 %, soit la moyenne européenne. C’est pour cette raison que le gouvernement avait annoncé ne pas vouloir alourdir la pression fiscale en augmentant l’impôt sur le revenu. 

Le régime juridique de l’impôt sur le revenu comprend de nombreuses dispositions révisées régulièrement pour tenir compte de l’inflation comme le barème de l’impôt, des minimas, des plafonds et des limites d’exonérations.

Or, François Bayrou, en annonçant une année blanche pourrait figer le barème de l’impôt sur le revenu ou la contribution sociale généralisée.

Ne pas indexer le barème de l‘impôt sur le revenu sur l’inflation a un impact, notamment, sur les premières tranches. En effet, certains ménages verraient le montant de leur impôt augmenter. Des foyers auparavant non imposables, le deviendraient.  Si l’augmentation des impôts n’est pas frontale, l’absence de revalorisation du barème aura le même effet, surtout sur les plus modestes. C’est donc une augmentation déguisée des impôts.

Déjà, lors de la crise financière de 2008, le barème de l’impôt avait été gelé, soumettant plus rapidement les bas revenus à l’impôt sur le revenu. Résultat : des recettes fiscales supplémentaires, mais au détriment des ménages les plus modestes, alors que le gouvernement avait bien insisté sur le fait que les impôts ne seraient pas augmentés.    

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3- Les risques d’une année blanche 

Juridiquement, appliquer une année blanche ne pose pas de problème. Ne pas indexer les dépenses de prestations sociales ou le barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation est une décision politique parfaitement légitime,  tant que cela n’entraîne pas d’atteinte à la continuité de l’État ou des services publics. Dans le cas d’une situation de surendettement, ces mesures sont considérées comme une participation « à l’effort budgétaire de redressement des comptes publics ».  

Comme nous l'avons vu, la hausse du barème de l’impôt en fonction de l’inflation n’est pas une obligation pour le gouvernement

Il est toutefois difficile de mesurer le gain attendu de cette année blanche pour les finances publiques. D’après l’institut des politiques publiques et l’Observatoire français des conjonctures économiques, on peut estimer qu’une année blanche sur les prestations permettrait d’économiser entre 5,7 et 6 milliards d’euros environ. Nous sommes bien loin des 40 milliards d’euros d’économies nécessaires.

De plus, le gel massif des crédits en 2026 pourrait entraîner des effets économiques négatifs sur les niveaux de consommation mais aussi sur l’emploi et l’investissement. Cette mesure porte en elle des risques d’effets récessifs. En effet, une baisse de la consommation et des investissements pourrait en retour pénaliser les rentrées fiscales, notamment de TVA et de cotisations sociales.

Conclusion

En plus de l’annonce d’une année blanche, François Bayrou a listé un certain nombre de mesures susceptibles de limiter le déficit public comme le déremboursement de certains médicaments non directement liés aux ALD, un tour de vis sur les arrêts maladie de longue durée ou encore, la suppression de 2 jours fériés qui fait particulièrement polémique. 

Si la maîtrise du déficit semble une véritable nécessité, qu’un effort devra sans doute être fait par tous les Français, on espère que la classe moyenne et les petites entreprises ne seront pas les seuls mis à contribution. 

Si l’année blanche est appliquée, il est à souhaiter que les députés et sénateurs auront la décence de ne pas augmenter démesurément leur enveloppe de frais en 2026 pour pallier les effets de l’inflation ! L'exécutif devrait également montrer l'exemple par plus de sobriété dans leurs dépenses. En effet, les Français attendant également un effort de transparence sur certaines dépenses somptuaires du gouvernement pour ses réceptions ou ses déplacements. 

 

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📝 Sources : Directement intégrées par des liens dans le texte de l’article.